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La démocratie et l’Islam
Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî

islamophile.org






Question
: Je ne vous cache pas mon étonnement face à certains activistes religieux, appartenant parfois à des formations islamistes, qui affirment que la démocratie est contraire à l’islam. Certains d’entre eux rapportent même de la part de certains savants que la démocratie procède de la mécréance, arguant que la démocratie signifie le gouvernement du peuple par le peuple, alors qu’en islam ce n’est pas le peuple qui gouverne, mais Dieu — Exalté soit-Il — uniquement, en vertu du verset « Le jugement n’appartient qu’à Dieu » [1].
Ceci rappelle la position des Khawârij dans le passé ; notre maître `Alî — que Dieu honore sa face — leur répondit disant : « Voici une parole de vérité visant une fausseté. » Par conséquent, il est désormais répandu dans les milieux libéraux et chez les promoteurs de la liberté que les islamistes sont les ennemis de la démocratie et les alliés de la dictature et du despotisme.
Est-il vrai que l’islam s’oppose à la démocratie et que la démocratie est une sorte de mécréance comme certains le prétendent ? Ou bien s’agit-il d’une allégation mensongère dont l’islam est innocent ?
Il est indispensable que les juristes du courant de la médiété, qui se refusent à pécher par outrance ou par laxisme, fassent le point sur cette question afin que la lumière soit faite et que l’islam ne soit pas rendu responsable d’interprétations erronées, quand bien même elles seraient attribuées à des savants qui, en tout état de cause, sont des êtres humains faillibles.
Nous implorons Dieu de vous aider à révéler la vérité, à clarifier ce qui est juste, à dissiper les doutes et à donner les arguments décisifs. Soyez-en remercié et rétribué.





Réponse de Sheikh Yûsuf Al-Qaradâwî
:


Au nom de Dieu. Louanges à Dieu et que la paix et les bénédictions soient sur le Messager de Dieu.

Je regrette sincèrement cette confusion et que le vrai et le faux s’embrouillent dans l’esprit de certains individus religieux en général, et dans l’esprit de ceux qui prennent la parole au nom de la religion en particulier, de la manière décrite par notre interrogateur — que Dieu le rétribue —. Il est même devenu facile pour certains de jeter l’anathème ou d’accuser de perversion d’autres musulmans, comme si la sharî`ah ne considérait pas cela comme un crime gravissime et périlleux susceptible de rejaillir sur celui qui porte cette accusation, comme en atteste le hadîth authentique.

La question posée par notre respectable interrogateur n’est pas inhabituelle. Elle m’a été posée à diverses occasions par nos frères en Algérie et sous cette forme criante : « La démocratie procède-t-elle de la mécréance ? »


Le jugement découle de la conception

Il est étonnant que certains individus portent un jugement sur la démocratie, comme étant un vice manifeste, ou une mécréance déclarée, sans en avoir une bonne connaissance et sans en avoir appréhendé le fond, indépendamment des apparences et des appellations. Or, parmi les règles établies par nos savants anciens, il en est une qui stipule que « le jugement découle de la conception ». Ainsi quiconque porte un jugement sur une chose sans en avoir connaissance, son jugement est erroné quand bien même il tomberait sur la vérité par hasard. Cela est comparable à une flèche décochée par un individu qui n’est pas un archer. C’est pourquoi il est établi dans le hadîth que le juge qui statue par ignorance ira en Enfer, au même titre que le juge qui, tout en connaissant la vérité, rend un verdict non conforme.

La démocratie que les peuples de la terre appellent de leurs vœux, celle pour laquelle des populations nombreuses luttent en Orient comme en Occident, celle réalisée par certains peuples au prix d’une lutte âpre contre les tyrans et ayant fait couler le sang et occasionné des morts par milliers, voire par millions — comme en Europe de l’Est —, cette démocratie qui est considérée par de nombreux islamistes comme un moyen acceptable pour faire barrage à la tentation de la tyrannie, et limiter les risques du despotisme politique, que subissent nos peuples musulmans, cette démocratie est-elle un vice ou une mécréance comme le répètent certains individus superficiels au jugement hâtif ?



En quoi consiste la démocratie ?

Sans s’embarrasser de définitions et de termes académiques, la démocratie consiste essentiellement à ce que le peuple choisse celui qui dirige ses affaires, sans qu’on lui impose un dirigeant qu’il abhorre ni un régime qu’il déteste, qu’il ait le droit de demander des comptes au dirigeant lorsqu’il commet une erreur et le droit de le destituer s’il dévie, que les gens ne soient pas contraints de suivre des directions, d’adopter des méthodes économiques, sociales, culturelles, ou politiques qu’ils ne connaissent pas et qu’ils n’agréent pas et dont la critique vaudrait à ceux qui la portent d’être torturés et massacrés.

Au fond, c’est cela la démocratie. Les hommes l’ont mise en œuvre selon différentes formes et via des mécanismes pratiques variables, comme le vote, le suffrage universel, l’adoption de l’avis de la majorité, la pluralité des partis politiques, le droit de la minorité d’exprimer son opposition, la liberté de la presse, l’indépendance du pouvoir judiciaire etc.

La démocratie ainsi définie est-elle contraire à l’islam ? D’où viendrait cette prétendue opposition ? Quels arguments tirés des textes décisifs du Coran et de la Sunnah appuieraient cette thèse ?


L’essence de la démocratie s’accorde avec l’islam

En réalité, quiconque réfléchit à l’essence de la démocratie conclura qu’elle procède des principes fondamentaux de l’islam. L’islam condamne en effet que les orants soient présidés pendant la prière par un imam qu’ils détestent et qu’ils n’agréent pas. Le hadith stipule à cet égard : « Trois catégories de gens ne voient pas leur prière s’élever d’un empan au-dessus de leur tête. » [2]

La première catégorie citée est : « Un imam qui officie à la prière devant des gens qui le détestent. » [3]. Ceci concerne la prière, alors que dire lorsqu’il s’agit des affaires de la vie et de la politique ?

Le hadîth authentique stipule : « Les meilleurs parmi vos imams — au sens de dirigeants — sont ceux que vous aimez et qui vous aiment, et pour lesquels vous priez et qui prient pour vous. Les pires parmi vos imams sont ceux que vous haïssez et qui vous haïssent, et que vous maudissez et qui vous maudissent. » [4]



Le Coran condamne les gouverneurs qui se posent en dieux sur terre

Le Coran a mené une campagne très dure contre les gouverneurs qui se posent en dieux sur terre, et qui asservissent les serviteurs de Dieu, tels que Nemrod à propos duquel le Coran relate le face à face qui l’a opposé à Abraham en ces termes :
N’as-tu pas vu celui qui, parce que Allâh l’avait fait roi, argumenta contre Abraham au sujet de son Seigneur ? Abraham ayant dit : "J’ai pour Seigneur Celui qui donne la vie et la mort", "Moi aussi, dit l’autre, je donne la vie et la mort." Alors dit Abraham : "Puisqu’Allâh fait venir le soleil du Levant, fais-le donc venir du Couchant." Le mécréant resta alors confondu. Allâh ne guide point les gens injustes. [5]

Ce tyran, qui affirmait donner la vie et la mort, tout comme le seigneur d’Abraham — le Seigneur des Mondes — donne la vie et la mort, exigeait que les gens lui vouent un culte comme ils vouaient un culte au seigneur d’Abraham. L’impudence de cet homme était telle qu’il a choisi au hasard deux passants dans la rue et les a condamné à mort. Il a fait exécuter l’un d’eux en disant : « Voilà, je lui ai donné la mort. »

Puis, il a amnistié l’autre en disant : « Voilà, je lui ai donné la vie » et de demander : « N’est-il pas vrai que je donne la vie et la mort ? » Dans la même veine, il y a Pharaon qui a fait annoncer à son peuple : « Je suis votre Seigneur le Très-Haut. » [6], ajoutant avec outrecuidance : « Ô mon peuple, je ne vous connais guère d’autre dieu que moi. » [7]


Le Coran a aussi fait le jour sur une alliance impure de trois parties perverses :

:puce1:Le gouverneur se posant en dieu sur terre, dominant la terre de Dieu et sévissant contre les serviteurs de Dieu, à l’instar de Pharaon.

:puce1:L’homme politique arriviste qui met son intelligence et son expérience au service d’un tyran afin d’asseoir son pouvoir et assujettir les masses, à l’instar de Hâmân.

Le capitaliste qui profite du pouvoir du tyran ; il soutient ce dernier par sa fortune pour récolter une fortune encore plus grande qu’il suce dans la sueur et le sang du peuple, à l’instar deQârûn (Coré).


Le Coran a mentionné cette troïka alliée autour du péché et de la transgression, et comment elle s’est opposée au message de Moïse, jusqu’à ce que Dieu s’en saisisse avec force :
Nous envoyâmes effectivement Moïse avec Nos signes et une preuve évidente, § vers Pharaon, Hâmân et Coré. Mais ils dirent : "Magicien ! Grand menteur !" [8]

« De même (Nous détruisîmes) Coré, Pharaon et Hâmân. Alors que Moïse leur apporta des preuves, ils s’enorgueillirent sur terre. Et ils n’ont pas pu (Nous) échapper. » [9]


Le plus étonnant c’est que Coré faisait partie du peuple de Moïse, et non pas du peuple de Pharaon, mais il a été injuste envers son peuple et a rejoint le camp ennemi. Pharaon l’a admis à ses côtés, ce qui prouve qu’ils étaient liés par des intérêts matériels communs, malgré leurs différences d’origine et de lignée.


Le Coran établit une relation entre la tyrannie et la corruption

De par son génie, le Coran a établi une relation entre la tyrannie et la propagation de la corruption qui entraîne le péril et la destruction des nations. Le Très-Haut dit en effet :

N’as-tu pas vu comment ton Seigneur a agi avec les `Âd § (avec) Iram, (la cité) à la colonne remarquable, § dont jamais pareille ne fut construite parmi les villes ? § et avec les Thamûd qui taillaient le rocher dans la vallée ? § ainsi qu’avec Pharaon, l’homme aux épieux ? § Tous, étaient des tyrans dans (leurs) pays, § et y avaient semé beaucoup de corruption. [10]


Parfois, le Coran désigne la tyrannie en parlant « d’élévation » (`uluww), qui correspond à un sentiment de supériorité et le fait de sévir contre les gens en les humiliant et en les écrasant.

Ainsi le Très-Haut dit de Pharaon :

Pharaon qui était hautain et outrancier [11]


Pharaon était hautain sur terre ; il répartit en clans ses habitants, afin d’abuser de la faiblesse de l’un d’eux : Il égorgeait leurs fils et laissait vivantes leurs femmes. Il était vraiment parmi les fauteurs de corruption. [12]

Ainsi voit-on que le sentiment de supériorité va toujours de pair avec la corruption.


Le Coran critique les peuples qui se soumettent aux tyrans

Le Coran n’a pas limité sa condamnation aux individus qui se prennent pour des dieux uniquement, il a étendu sa critique à leurs peuples qui ont obéi à leur commandement, leur ont emboîté le pas et leur ont confié leur sort. Le Coran leur a attribué une part de responsabilité.

Le Très-Haut dit à propos du peuple de Nûh (Noé) :

« Noé dit : "Seigneur, ils m’ont désobéi et ils ont suivi celui dont les biens et les enfants n’ont fait qu’accroître la perte. » [13]

Il dit — Exalté soit-Il — à propos des `Âd, le peuple de Hûd :
« Voilà les `Âd. Ils avaient nié les signes de leur Seigneur, désobéi à Ses messagers et suivi le commandement de tout tyran entêté. » [14]


Il dit aussi — Exalté soit-Il — à propos du peuple de Pharaon :


« Ainsi chercha-t-il à étourdir son peuple et ainsi lui obéirent-ils car ils étaient des gens pervers.
» [15] et « Mais ils suivirent l’ordre de Pharaon, bien que l’ordre de Pharaon n’était point avisé. § Il précédera son peuple, au Jour de la Résurrection. Il les mènera à l’aiguade du Feu. Et quelle détestable aiguade ! » [16]

Il a fait porter aux peuples une part de responsabilité car ce sont les peuples qui fabriquent les pharaons et les tyrans. C’est ce que les gens expriment dans l’adage :

« On a demandé à Pharaon : “Qu’est-ce qui a fait de toi un despote ?” Il a répondu : “Personne ne m’a arrêté !” »


Les soldats du tyran et ses instruments partagent son péché

En sus des tyrans eux-mêmes, la responsabilité (des méfaits) repose sur les « instruments du pouvoir », que le Coran désigne par le terme « soldats », et qui correspondent à la force militaire qui constitue la force de frappe du pouvoir politique destinée à mâter les populations si d’aventure elles se rebellaient ou songeaient à se rebeller. Le Coran dit à ce sujet :

« Pharaon, Hâmân et leurs soldats étaient fautifs. » [17]

et
« Nous le saisîmes donc, ainsi que ses soldats, et les jetâmes dans le flot. Regarde donc ce qu’il est advenu des injustes ! » [18]



La Sunnah fustige les princes injustes

La tradition prophétique a également fustigé les princes injustes et les tyrans, qui mènent leurs peuples au martinet, et lorsqu’ils se prononcent personne n’ose les reprendre. Ceux-là sont « ceux qui se précipitent dans le feu tels des papillons de nuit ». Elle a également fustigé leurs auxilliaires, qui les entourent et les encensent. La tradition prophétique critique aussi les peuples qui se laissent imprégner par la peur au point que personne ne puisse appeler un tyran un tyran.


Selon Abû Mûsâ, le Messager de Dieu — paix et bénédictions sur lui — dit : « La Géhenne contient une vallée dans laquelle se trouve un puits du nom de Habhab. Dieu y a destiné tout tyran obstiné. » [19]


Selon Mu`âwiyah, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit : « Après moi viendront des gens qui se prononceront sans que personne n’ose les reprendre, ils feront la grimace dans le Feu comme des singes. » [20]


D’après Jâbir, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — dit à Ka`b Ibn `Ajrah : « “Que Dieu te préserve du pouvoir des princes indigents, ô Ka`b.”

— “Qui sont les princes indigents ?”, s’enquit ce dernier.

“Ce sont des princes qui viendront après moi, qui ne suivent pas ma guidance et n’appliquent pas ma tradition. Ceux qui approuveront leurs mensonges, ou les soutiendront dans leurs injustices, ne sont pas des miens et je ne suis pas des leurs et ils ne boiront pas à mon Bassin. Ceux qui ne les approuveront pas ni ne les soutiendront dans leurs injustices, sont des miens et je suis des leurs et ils boiront à mon Bassin.” » [21]


D’après un récit attribué au Prophète (marfû`) selon Mu`âwiyah : « Toute nation où l’on ne rend pas la justice et où le faible n’arrache pas ses droits au fort sans peine ne sera point sanctifiée. » [22]


D’après un récit attribué au Prophète (marfû`) selon `Abd Allâh Ibn `Amr : « Si tu vois ma nation craindre d’appeler un injuste un injuste, alors plus rien n’est à espérer d’elle. » [23]



La concertation, le conseil, l’injonction du convenable et l’interdiction du blâmable

L’islam a érigé la concertation (Ash-Shûrâ) en règle dans la vie islamique. Il a enjoint au gouverneur de consulter et a enjoint à la communauté de prodiguer le conseil, au point que la religion toute entière a été assimilée au conseil... Or, le conseil inclut le conseil donné à la communauté musulmane, dont les princes et les gouverneurs.

De même, l’islam a élevé l’injonction du convenable et l’interdiction du blâmable au rang de l’obligation ferme. Mieux encore il a décrété que la forme de jihâd la plus méritoire consiste à dire une parole juste face à un despote. Ceci signifie que l’islam considère que la résistance à la tyrannie et à la corruption intérieure est plus importante encore aux yeux de Dieu que la résistance à l’invasion extérieure. Car la tyrannie est souvent la prémice de l’invasion extérieure.



Le regard de l’islam sur les gouverneurs

L’islam considère le gouverneur comme un mandataire de la nation, ou un employé chez elle. Or, la source a le droit de demander des comptes à son mandataire, et de lui retirer son mandat, notamment s’il n’honore pas sa charge.

En islam, le gouverneur n’exerce pas un pouvoir infaillible. Au contraire, c’est un homme susceptible de voir juste et de se tromper, de faire justice et de commettre l’injustice ; l’ensemble des musulmans ont le droit de le corriger lorsqu’il se trompe et de le rectifier lorsqu’il dévie.

C’est ce qu’ont déclaré les plus grands gouverneurs musulmans, après le Messager de Dieu — paix et bénédictions sur lui — : les Califes Bien-Guidés, dont nous avons reçu l’ordre de suivre la tradition, et de nous y attacher en tant que prolongement de la tradition de notre premier maître, Muhammad — paix et bénédictions sur lui —.

Le premier Calife, Abû Bakr, a dit dans son discours d’investiture : « Ô gens, j’ai été nommé à votre tête, mais je ne suis pas le meilleur d’entre vous. Si vous me voyez dans le vrai, aidez-moi. Et si vous me voyez dans le faux, corrigez-moi. Obéissez-moi aussi longtemps que j’obéis à Dieu à votre égard. Mais si je Lui désobéis, aucune obéissance de votre part ne m’est due. »

Le deuxième Calife, `Umar, a dit : « Que Dieu fasse miséricorde à toute personne qui me fait cadeau de mes défauts. » Il a dit aussi : « Ô gens, quiconque parmi vous voit en moi quelque déviance qu’il me rectifie. » Ce sur quoi un homme dans le public a répondu : « Par Dieu, fils d’Al-Khattâb, si nous voyons en toi quelque déviance nous la rectifierons du tranchant de nos épées ! »

À une autre occasion, une femme a rejeté son opinion alors qu’il se tenait sur le minbar, sans qu’il ne s’en offusque. Au contraire, il a commenté : « Une femme a vu juste, et `Umar s’est trompé ! »

De même, `Alî Ibn Abî Tâlib — que Dieu honore sa face — a dit à un homme qui s’était opposé à lui dans une affaire : « Tu as raison et j’ai tort. "Certes au-dessus de chaque savant il y a Plus Connaisseur." [24] »


L’islam est un pionnier

L’islam a été prompt à établir les principes démocratiques, tout en laissant les détails pratiques à l’appréciation des musulmans, selon les fondements de leur religion, et en harmonie avec les besoins de leur vie, et l’évolution de leur vie dans le temps et dans l’espace, et selon le progrès de l’humanité.


L’intérêt de la démocratie

Le principal intérêt de la démocratie réside dans le fait qu’elle a réussi à trouver — au prix d’une longue lutte contre les tyrans et les despotes, toutes sortes de Ptolémées, de rois et de princes — des formules et des moyens, considérés à ce jour comme fournissant aux peuples les meilleures garanties contre le despotisme des tyrans.

Naturellement, rien n’interdit à l’humanité, à ses penseurs et ses leaders, de réfléchir à d’autres formules et d’autres moyens susceptibles de réaliser de meilleurs résultats. D’ici là et jusqu’à ce que cela se transforme en réalité concrète dans la vie des gens, nous nous voyons dans l’obligation de nous inspirer des méthodes de la démocratie et d’y puiser ce dont nous avons besoin pour réaliser la justice, la concertation, le respect des droits de l’homme, et la lutte contre les tyrans orgueilleux.

Or, parmi les principes juridiques unanimement reconnus, on cite : « Ce qui est indispensable à la réalisation d’une obligation est à son tour une obligation. » Corollairement, les moyens requis pour réaliser les finalités de la sharî`ah acquièrent le même statut que ces finalités.

Il n’existe aucun obstacle juridique au fait d’emprunter une idée théorique ou une solution pratique aux non-musulmans. Ainsi le Prophète — paix et bénédictions sur lui — a-t-il adopté l’idée de creuser une tranchée lors de la bataille des Coalisés, sachant qu’il s’agit d’une technique persane. De même, il a profité des prisonniers de guerre capturés lors de la bataille de Badr — les lettrés d’entre eux — dans l’enseignement de l’écriture aux enfants musulmans, malgré leur mécréance. Car le croyant est en quête de sagesse, quelle que soit sa provenance, il en est le plus ardent aspirant.

J’ai indiqué dans l’un de mes écrits que nous avons le droit d’emprunter aux autres les idées et les méthodes qui servent nos intérêts, dès lors que cela ne s’oppose pas en l’espèce à un texte explicite ni à une règle juridique établie. Il nous appartient de transformer ce que nous empruntons, de l’augmenter et d’y laisser notre empreinte, de manière à nous l’approprier et à estomper son appartenance d’origine. [25]


Le vote fait partie du Témoignage

Si nous méditons au sujet du système électoral et du vote, on s’aperçoit que cela revient d’un point de vue islamique à porter témoignage sur la compétence d’un candidat.

Il convient donc que le votant remplisse les conditions requises concernant les témoins devant la justice, à savoir la droiture et la bonne réputation.

Le Très-Haut dit en effet :

« et prenez deux hommes intègres parmi vous comme témoins » [26] ; « d’entre ceux que vous agréez comme témoins » [27].


Quiconque se porte témoin de la compétence d’un incompétent se rend coupable d’un péché majeur, le faux témoignage, chose que Dieu — Exalté soit-Il — a cité conjointement avec l’associationnisme :

« Abstenez-vous de la souillure des idoles et abstenez-vous des paroles mensongères. » [28]


Quiconque témoigne de la compétence d’un candidat seulement parce qu’il appartient à la même famille où à la même origine, ou en vue d’obtenir une faveur future, aura désobéi au commandement de Dieu — Exalté soit-Il — :

« Et acquittez-vous du témoignage envers Dieu. » [29]


Quiconque fait défaut à l’accomplissement de son devoir électoral, au point de faire échouer le candidat le plus apte et le plus loyal et de donner la victoire à celui qui n’en est pas digne, aura tu le témoignage dont la oumma a grandement besoin.

Or le Très-Haut dit :

« Et que les témoins ne refusent pas si on les requiert. » [30]

« Et ne taisez pas le témoignage : quiconque le tait a, certes, un cœur pécheur. » [31]


L’on peut tenir un discours similaire à propos des critères que doivent remplir les candidats, à plus forte raison. En ajoutant ces critères et ces directives au système électoral, nous en faisons un système islamique au bout du compte, bien qu’il soit à l’origine emprunté à autrui.


La souveraineté du peuple et la souveraineté de Dieu

Il convient de souligner de nouveau le principe annoncé en préambule, à savoir que l’essence de la démocratie est en accord avec l’essence de l’islam, si nous la puisons dans ses références fondamentales et dans ses sources limpides que sont le Coran, la Sunnah et l’œuvre des Califes Bien-Guidés, non pas dans l’histoire des princes de la tyrannie, ni des rois malfaisants, ni des verdicts des savants à la solde des sultans, ni des sincères trop hâtifs n’appartenant pas à la catégorie des savants au pied ferme.

L’affirmation selon laquelle la démocratie signifie le gouvernement du peuple par le peuple et que cela implique le rejet du principe de la souveraineté de Dieu est une affirmation disputable. Car la promotion de la démocratie n’implique pas le rejet de la souveraineté de Dieu vis-à-vis des hommes. La plupart des promoteurs de la démocratie ne pensent pas à cela. Ils visent et veillent avant tout au rejet de la dictature, au refus de voir les despotes et autres potentats présider au destin des peuples.

En vérité, tout ce que ces gens visent par la démocratie c’est de voir le peuple choisir ses dirigeants comme il lui plaît, d’être en mesure de leur demander des comptes, de ne point leur obéir s’ils bravent la constitution de la nation — ou selon la formule islamique : lorsqu’ils enjoignent un péché —, et de pouvoir les destituer lorsqu’ils dévient et tombent dans l’injustice, tout en restant sourds aux conseils et aux mises en garde.


Le principe de la souveraineté de Dieu et son sens

À ce stade, je voudrais rappeler que la souveraineté de Dieu est un principe islamique fondamental, établi par tous les spécialistes des fondements dans leurs travaux concernant la gouvernance légale et le gouverneur. Ils sont unanimes sur le fait que Dieu — Exalté soit-Il — est le Souverain et que le Prophète a pour mission de transmettre de Sa Part. Dieu — Exalté soit-Il — est Celui Qui ordonne et interdit, déclare le licite et l’illicite, gouverne et légifère.

L’affirmation des Kharijites que « le jugement n’appartient qu’à Dieu » est vraie en elle-même, mais on leur reproche d’en user à mauvais escient lorsqu’ils y voient une preuve permettant de rejeter l’arbitrage des hommes dans les litiges, car cela est contraire aux énoncés du Coran entérinant, plus d’une fois, l’arbitrage des hommes, notamment l’arbitrage entre les époux en cas de conflit matrimonial.

C’est pourquoi le Commandeur des Croyants `Alî — qu’Allâh l’agrée — leur a répliqué : « Voici une parole de vérité visant une fausseté ». Il a décrit leur parole comme étant une parole de vérité, mais leur a reproché de s’en servir pour des visées fausses. Comment pourrait-on dire que ce n’est pas une parole de vérité alors qu’elle est empruntée à la lettre du Coran : « Le jugement n’appartient qu’à Dieu » [32] ?

La souveraineté de Dieu — Exalté soit-Il — vis-à-vis des hommes est établie de manière certaine et se décline en deux sortes :

Une souveraineté universelle et de destinée, c’est-à-dire que Dieu dispose de l’univers selon Son bon vouloir, qu’Il régit les destinées, qu’Il gouverne le monde selon des lois immuables, fussent-elles connues ou inconnues, à l’instar de ce qu’énonce le verset : « C’est Dieu Qui juge et personne ne peut s’opposer à Son jugement, et Il est prompt à régler les comptes. »
À l’évidence, ce que l’on entend ici c’est la souveraineté vis-à-vis de l’univers et des destinées, et non pas la souveraineté légale injonctive.

Une souveraineté légale injonctive, c’est-à-dire la souveraineté du commandement, de l’injonction et de l’interdit, celle de l’obligation et du choix, celle qui s’est manifestée dans les messages transmis de la part de Dieu par les prophètes, qui a été consignée dans Ses Livres, mise en vigueur par Ses lois, et comprend ce qu’Il a rendu licite ou illicite.


Ce second type de souveraineté ne peut guère être rejeté par un musulman ayant agréé Dieu comme Seigneur, l’islam comme religion et Mohammad — paix et bénédictions sur lui — comme prophète et messager.

Le Musulman qui fait la promotion de la démocratie y voit une forme de gouvernement permettant de concrétiser les principes politiques de l’islam relatifs au choix du dirigeant, à la concertation et au conseil, à l’injonction du bien et à la réprobation du mal, à la résistance à l’injustice et au refus des transgressions, notamment lorsque cela atteint le niveau de la mécréance manifeste (Al-Kufr Al-Bawwâh) sur des sujets tranchés par des preuves divines.

Ceci est confirmé par le fait que la constitution stipule, en sus de l’attachement à la démocratie, que l’islam est la religion de l’État et que la législation islamique est la source des lois. Or, ceci réaffirme la souveraineté de Dieu, c’est-à-dire la souveraineté de Sa loi, et qu’elle a le dernier mot. Il est également possible d’ajouter à la constitution un article explicite, stipulant la nullité de toute loi ou régulation contraire aux principes indisputés de la Sharî`ah et ce, en guise de réaffirmation de ce principe et non en tant qu’énoncé original d’un fondement nouveau.


Il ne découle donc pas de la promotion de la démocratie que la souveraineté du peuple s’oppose nécessairement à la souveraineté de Dieu, car les deux ne sont pas mutuellement exclusifs. Mais, à supposer que ce raisonnement soit correct, l’opinion retenue par les spécialistes parmi les savants musulmans stipule que les prérequis d’une doctrine ne font pas partie de la doctrine et, partant, qu’il n’est pas permis de jeter l’anathème sur les gens, ni de les accuser de perversion, au vu des prérequis de leur doctrine. Car il est possible qu’ils n’adhèrent pas à ces prérequis, voire qu’ils n’y pensent même pas.



L’arbitrage de la majorité est-il contraire à l’islam ?

Parmi les arguments avancés par cette frange d’islamistes prouvant que la démocratie est une valeur importée dénuée de tout fondement islamique, il y a le fait qu’elle est fondée sur le recours à la majorité, et le fait de conférer à cette dernière l’autorité dans le choix du dirigeant, dans la direction des affaires et dans l’arbitrage entre les opinions divergentes. En démocratie, le vote sert d’arbitre et de référence. Toute opinion jouissant de la majorité absolue, ou parfois d’une majorité restreinte, est adoptée, fût-elle erronée ou fausse.

À cela ils ajoutent que l’islam ne reconnaît pas la majorité comme un moyen de départager deux opinions ; il considère l’opinion en elle-même, est-elle juste ou erronée ? Si elle est juste, elle est adoptée, fût-elle soutenue par une seule voix, ou par aucune voix. Si elle est erronée, elle est rejetée, fût-elle soutenue par 99 % des voix !

Ils affirment aussi que les versets coraniques indiquent même que la majorité est toujours alignée sur l’erreur et la tyrannie, comme cela apparaît dans les versets :

« Et si tu obéis à la majorité de ceux qui sont sur la terre, ils t’égareront du sentier de Dieu » [33]

« Seulement la plupart des hommes, même si tu t’y évertuais, ne seraient pas croyants » [34]



On trouve cette idée également dans la terminaison de nombreux versets comme :

« Mais la plupart des hommes ne le savent pas... » [35]

« Mais la plupart d’entre eux ne raisonnent pas. » [36]

« Mais la plupart des gens ne croient pas » [37]


« Mais la plupart des gens ne sont pas reconnaissants » [38]


Les versets indiquent aussi que les gens bienfaisants sont minoritaires, comme par exemple :

« Il y a peu de Mes serviteurs qui sont reconnaissants » [39]

« sauf ceux qui croient et accomplissent les bonnes œuvres — cependant ils sont peu nombreux. — » [40]


Cette opinion est réfutable et se fonde sur un argumentaire spécieux.

Car, à la base, nous parlons d’une société musulmane où la majorité des gens savent, raisonnent, croient et sont reconnaissants. Notre propos ne porte pas sur une société de négateurs et d’égarés de la voie de Dieu. De plus, il y a des questions qui ne sont pas soumises au vote, car elles font partie des valeurs immuables, qui n’admettent aucun changement, à moins que la société elle-même change et cesse d’être musulmane.

Il n’y a pas lieu de voter sur les choses tranchées explicitement par la Sharî`ah, ni les fondements de la religion ou les choses qui en sont connues par nécessité.

Mais l’on recourt au vote dans les questions sujettes à l’ijtihâd, qui admettent plusieurs opinions, et vis-à-vis desquelles les gens sont susceptibles de diverger, comme le choix d’un candidat pour une fonction, fût-ce la fonction présidentielle, ou l’édiction d’une loi régissant la circulation et le trafic routier, ou organisant la construction des commerces, des installations industrielles, ou des hôpitaux, ou toute autre chose rentrant dans le cadre de l’intérêt général, désigné par les juristes sous le titre de Al-Masâlih Al-Mursalah.

Entrent aussi dans ce cadre les déclarations de guerre ou pas, l’imposition d’un certain type de taxe ou pas, la déclaration de l’état d’urgence ou pas, la détermination de la durée du mandat présidentiel, sa rééligibilité ou non, et dans quelles limites etc.

Si les opinions venaient à diverger sur ces questions, doit-on les laisser en suspens ou les trancher ? Peut-on concevoir un arbitrage sans arbitre ? Ou bien faut-il un arbitre ?

La raison, la législation et la réalité reconnaissent la nécessité d’un arbitre. Or, l’arbitre en cas de divergence d’opinions n’est autre que la majorité, car l’opinion partagée par deux personnes est plus susceptible d’être juste que celle d’une personne seule, comme en témoigne le hadith : « Le diable accompagne l’individu seul, et il est plus éloigné d’un groupe de deux. » [41]

Il est également établi que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — a dit à Abû Bakr et `Umar : « Si vous tombiez d’accord sur un avis, je n’en départirais pas. » [42]

Nous avons également vu le Prophète — paix et bénédictions sur lui — suivre l’avis de la majorité lors de la bataille de Uhud consistant à combattre les mécréants à l’extérieur de Médine, alors qu’il penchait personnellement, ainsi que les grands Compagnons, pour un combat dans les rues de Médine.

Cela est encore plus manifeste dans la position de `Umar vis-à-vis du collège de six individus désignés pour choisir à la majorité l’un d’entre eux pour la fonction de Calife, à charge pour les autres d’écouter et d’obéir ; si le vote débouchait sur une égalité à trois contre trois, ils choisiraient un arbitre extérieur en la personne de `Abd Allâh Ibn `Umar, et s’ils ne voulaient pas de lui comme arbitre, la troïka comportant `Abd Ar-Rahmân Ibn `Awf choisirait un arbitre.

De plus, le hadith a consigné la mention du « plus grand nombre » (As-Sawâd Al-A`dham) et ordonné de le suivre. Le plus grand nombre désigne la majorité des gens, le plus grand nombre des gens du commun. Ce hadith a été rapporté par des voies multiples, dont certaines sont solides. [43]

De manière comparable, l’Imâm Al-Ghazâlî arbitre en faveur de l’opinion suivie par le plus grand nombre dans certains de ses écrits, lorsque deux opinions rivales se valent au plan de la force. [44]

Quant à la thèse consistant à dire que seule l’opinion correcte doit être suivie même si personne n’y est favorable et que l’erreur doit être rejetée même si elle est soutenue par 99 % des gens, cela ne vaut que lorsqu’il existe dans la Législation un texte authentique et explicite qui règle le différend de manière décisive et n’admet aucune opposition.

Or, ceci est très rare. Et c’est à ce sujet que l’on a dit : « Le groupe correspond à ce qui coïncide avec la vérité, même si tu te retrouves tout seul. »


Le despotisme politique est la cause première des catastrophes passées et présentes

Les ennuis de la communauté musulmane ont commencé, historiquement parlant, par l’abandon du principe de concertation (Ash-Shûrâ) et la transformation du califat bien-guidé en monarchie héréditaire qui, d’après certains Compagnons, avait trait au pouvoir persan ou byzantin. Autrement dit, la contagion du despotisme impérial a été transmise aux Musulmans depuis les royaumes voisins que Dieu leur a dévolus. Or, il leur incombait d’en tirer une leçon, et d’éviter les transgressions et les tares qui ont conduit à la disparition de ces royaumes.

L’islam, sa oummah, et son message n’ont été accablés dans l’ère moderne que par la férule du despotisme politique. La Sharî`ah n’a été gelée, le laïcisme imposé et l’occidentalisme forcé que par la contrainte et la tyrannie, par le fer et le feu. La prédication islamique et le mouvement islamique n’ont été frappés, ses prédicateurs et ses enfants n’ont été pourfendus et tyrannisés que par la férule du pouvoir despotique qui, tantôt se dévoile ouvertement, et tantôt s’enrobe de prétentions démocratiques factices, un pouvoir qui est commandé par des forces hostiles à l’islam parfois ouvertement, et parfois depuis les coulisses.


La liberté politique est notre premier besoin

L’islam ne s’est revigoré, ses enseignements ne se sont répandus, son éveil n’a pris de l’ampleur que grâce au peu de liberté qu’on lui a donné, et qui lui donne l’occasion d’interagir avec les dispositions naturelles d’une humanité assoifée, de faire retentir l’adhân dans des oreilles qui ont longuement patienté, et de convaincre des raisons avides.

Le premier combat que doivent mener la prédication, l’éveil et l’activisme islamiques est le combat pour la liberté. Tous ceux qui se sentent concernés par le devenir de l’islam doivent faire front commun dans la promotion et la défense de la liberté car elle est indispensable et irremplaçable.

Je voudrais ici rappeler que je ne suis pas friand de l’usage de termes issus de langues étrangères tels que « démocratie » etc. pour exprimer des notions islamiques. Mais lorsqu’un vocable se banalise et s’emploie communément par les gens, nous ne pouvons rester sourds aux usages. Au contraire, nous devons comprendre sa signification, afin d’éviter toute méprise et exagération, et pour ne pas lui donner un sens différent de ce qu’entendent ceux qui en parlent ou le prônent. Cela garantit que notre jugement sera juste et équilibré. Il n’est pas gênant que ce terme soit d’origine étrangère, car le jugement ne porte guère sur le titre et le signifiant, mais sur le fond et le signifié.

De nombreux islamistes réclament la démocratie en tant que forme de pouvoir, garante des libertés et en tant que mécanisme de protection contre le despotisme du gouverneur, à condition qu’il s’agisse d’une démocratie réelle représentant la volonté de la nation, non pas la volonté du gouverneur et de son sérail. Car il ne suffit pas de faire de la démocratie un slogan, tout en l’étouffant, par l’ouverture des prisons, le claquement des fouets, et des lois d’urgence qui persécutent tout libre-penseur, ou toute personne demandant des comptes au gouverneur, ou s’opposant à ses vues.

Je fais moi-même partie des gens qui réclament la démocratie comme étant le moyen le plus simple, et le plus éprouvé, pour parvenir à notre objectif de vie digne, dans laquelle nous avons la possibilité de prêcher librement le message de Dieu et d’appeler à l’islam, conformément à notre croyance, sans être jetés dans les ténèbres de quelque prison politique, ou destinés à être pendus à quelque potence .


La Shûrâ est contraignante et non pas consultative

Avant de clore ce propos, je dois aborder l’opinion de certains savants, y compris de nos jours, selon qui la concertation (Ash-Shûrâ) est un mécanisme consultatif non contraignant et que le gouverneur doit consulter mais n’est pas tenu de suivre l’opinion de ses conseillers, ceux qu’on qualifie de Ahl Al-Hall wal-`Aqd (ceux qui tranchent dans les affaires).

J’ai déjà répondu à cette thèse à une autre occasion, expliquant que la Shûrâ n’a aucun sens, si le gouverneur, après avoir consulté, ne fait que ce qu’il lui plaît à lui et à son sérail, sans aucune considération pour l’avis du Conseil de Shûrâ. Comment les membres de ce conseil seraient-ils « ceux qui tranchent dans les affaires », comme on les qualifie dans notre tradition, alors qu’en réalité ils n’ont pas la faculté de trancher dans quelque affaire que ce soit ?

Ibn Kathîr a raporté dans son exégèse, d’après Ibn Mardaweih, que l’on a interrogé `Alî — qu’Allâh l’agrée — sur le sens de la résolution mentionnée dans le verset : Et consulte-les à propos des affaires ; puis une fois que tu t’es résolu, confie-toi donc à Dieu [45] Il a expliqué : « Il s’agit de consulter les gens avisés et de suivre leurs recommandations. »

Si cette question admet deux opinions, les calamités qui ont frappé notre oummah, et se poursuivent de nos jours, sous la férule du despotisme, appuient l’opinion affirmant le caractère contraignant de la concertation.

Quoiqu’il en soit, si la oummah ou une partie d’entre elle était d’avis que la concertation est obligatoire, il convient de lever le différend, et il devient obligatoire de s’en tenir à l’accord trouvé, car les Musulmans doivent honorer leurs contrats. Si l’on choisit un président ou un prince sur cette base, il n’a pas le droit de rompre ce contrat et de suivre l’opinion inverse. Car les Musulmans doivent honorer leurs contrats et les promesses doivent obligatoirement être tenues.


Lorsqu’on a proposé à notre maître `Alî — qu’Allâh l’agrée — de gouverner d’après le Coran, la Sunnah et l’œuvre des deux premiers Califes — Abû Bakr et `Umar —, il a refusé de s’engager à suivre l’œuvre de ses prédécesseurs, car en acceptant cette clause, il aurait été tenu de la respecter.

Ainsi la Shûrâ islamique se rapproche-t-elle de l’esprit de la démocratie, ou bien dirions-nous que l’essence de la démocratie se rapproche de l’esprit la Shûrâ islamique.


Louange à Allâh le Seigneur des Mondes.


Et Allâh est le plus Savant.




P.-S. : Traduit de l’arabe du site islamonline.net.




Notes :

[1] Sourate 6, Al-An`âm, Les bestiaux, verset 57.

[2] L’élévation de la prière signifie son acceptation de la part de Dieu. NdT.

[3] Hadith rapporté selon Ibn `Abbâs, par Ibn Mâjah — Al-Bûsîrî dit dans Az-Zawâ’id que sa chaîne de narration est authentique et que ses narrateurs sont fiables — et par Ibn Hibbân dans son Sahîh.

[4] Rapporté par Muslim selon `Awf Ibn Mâlik.

[5] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 258.

[6] Sourate 79, An-Nâzi`ât, verset 24.

[7] Sourate 28, Al-Qasas, Les récits, verset 38.

[8] Sourate 40, Ghâfir, Le Pardonneur, versets 23 et 24.

[9] Sourate 29, Al-`Ankabût, L’araignée, verset 39.

[10] Sourate 89, Al-Fajr, L’aube, versets 6 à 12.

[11] Sourate 44, Ad-Dukhân, La fumée, verset 31.

[12] Sourate 28, Al-Qasas, Les récits, verset 4.

[13] Sourate 71, h, Noé, verset 21.

[14] Sourate 11, Hûd, verset 59.

[15] Sourate 43, Az-Zukhruf, L’ornement, verset 54.

[16] Sourate 11, Hûd, versets 97 et 98.

[17] Sourate 28, Al-Qasas, Les récits, verset 8.

[18] Sourate 28, Al-Qasas, Les récits, verset 40.

[19] Rapporté At-Tabarânî avec une bonne chaîne de garants conformément au rapport d’Al-Mundhirî dans At-Targhîb, par Al-Haythamî dans Al-Majma`, volume 5, page 197, et par Al-Hâkim qui l’a jugé bon, jugement confirmé par Adh-Dhahabî volume 4, page 332.

[20] Rapporté par Abû Ya`lâ et At-Tabarânî, il figure dans Sahîh Al-Jâmi` Al-Kabîr sous le numéro 3615.

[21] Rapporté par Ahmad et Al-Bazzâr avec des chaînes dont les narrateurs sont des narrateurs du Sahîh, selon le rapport d’Al-Mundhirî dans At-Targhîb et Al-Haythamî dans Az-Zawâ’id, volume 5, page 247.

[22] Rapporté par At-Tabarânî selon des narrateurs fiables, selon la sentence d’Al-Mundhirî et d’Al-Haythamî. Il l’a également rapporté par la voie d’Ibn Mas`ûd selon une bonne chaîne de garants, volume 5, page 209. Ibn Mâjah en a rapportéune version plus longue d’après Abû Sa`îd.

[23] Rapporté par Ahmad dans Al-Musnad. Shâkir a authentifié sa chaîne de narration (6521). Al-Haythamî l’a aussi attribué à Al-Bazzâr selon deux chaînes de narration, dont l’une est formée des narrateurs de l’authentique (volume 7, page 262). Ce récit a également été rapporté par Al-Hâkim qui l’a jugé authentique, jugement partagé par Adh-Dhahabî (volume 4, page 96).

[24] Sourate 12, Yûsuf, Joseph, verset 76.

[25] Conférer mon livre intitulé Al-Hall Al-Islâmî Farîdah wa Darûrah (La solution islamique, un devoir et une nécessité) dans le chapitre intitulé "Les conditions de la solution islamique", dans la section "De la licéité de l’emprunt et de ses limites".

[26] Sourate 65, At-Talâq, Le divorce, verset 2.

[27] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 282.

[28] Sourate 22, Al-Hajj, Le pèlerinage, verset 30.

[29] Sourate 65, At-Talâq, Le divorce, verset 2.

[30] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 282.

[31] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 283.

[32] Sourate 12, Yûsuf, Joseph, verset 40.

[33] Sourate 6, Al-An`âm, Les bestiaux, verset 116.

[34] Sourate 12, Yûsuf, Joseph, verset 103.

[35] Sourate 7, Al-A`râf, Les limbes, verset 187.

[36] Sourate 29, Al-`Ankabût, L’araignée, verset 63.

[37] Sourate 11, Hûd, verset 17.

[38] Sourate 2, Al-Baqarah, La génisse, verset 243.

[39] Sourate 34, Saba’, Sheba, verset 13.

[40] Sourate 38, Sâd, verset 24.

[41] Hadith 2166, rapporté par At-Tirmidhî dans ses Sunan, dans Al-Fitan, d’après `Umar ; At-Tirmidhî l’a jugé bon authentique et singulier (hasan sahîh gharîb) ajoutant que ce hadith a été rapporté selon plusieurs chaînes d’après `Umar. Il a également été rapporté par Al-Hâkim, volume 1 page 114, qui l’a jugé authentique selon les critères des deux Imâms (Al-Bukhârî et Muslim), jugement confirmé par Adh-Dhahabî.

[42] Hadith rapporté par Ahmad, d’après `Abd Allâh Ibn Ghunm Al-Ash`arî, volume 4, page 227. Sa chaîne de garants comporte Shahr Ibn Washb ; Ibn Hajar a dit à son sujet dans At-Taqrîb : « Véridique (Sadûq), il use fréquemment de irsâl et se méprend souvent. ». Le hadith indique que deux voix valent mieux qu’une, fût-ce la voix du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, dès lors que cela ne concerne pas la législation et la transmission du message de Dieu — Exalté soit-Il —.

[43] Ce hadîth a été rapporté par At-Tabarânî et a été attribué (marfû`) au Prophète selon Abû Umâmah, qui y rapporte que : « Les enfants d’Israël se sont divisés en soixante et onze branches — ou bien a-t-il dit : soixante-douze branches — et que cette communauté les surpasserait par une branche ; toutes iront en enfer sauf le plus grand nombre (As-Sawâd Al-A`dham). » Conférer Al-Mu`jam Al-Kabîr, volume 8 (8035). Al-Haythamî l’a mentionné dans Majma` Az-Zawâ’id, volume 6, pages 233—234, disant : « Rapporté par At-Tabarânî ; ses narrateurs sont fiables. » À un autre emplacement — volume 7, page 258 —, il a dit : « Hadith rapporté par At-Tabarânî dans Al-Awsat et Al-Kabîr, selon des (énoncés) similaires. Sa chaîne de narrateurs comporte Abû Ghâlib, qui a été jugé fiable par Ibn Ma`în et d’autres. Les autres narrateurs d’Al-Awsat sont fiables. Il en est de même pour l’une des deux chaînes de narrateurs d’Al-Kabîr ». Ce hadith a également été rapporté par At-Tabarânî et Ahmad l’attribuant à Ibn Abî Awfâ (mawqûf) qui aurait dit : « Ô fils de Jahmân, attache-toi au plus grand nombre (As-Sawâd Al-A`dham). » Al-Haythamî a dit : « Les narrateurs d’Ahmad sont fiables. » ; 65/232. De même, il a été rapporté par Ibn Abî `Âsim dans As-Sunnah, n° 80, selon l’énoncé : « Certes, Allâh ne réunira jamais cette oummah autour d’un égarement, la Main d’Allâh est avec le groupe ; quiconque s’en écartera s’en écartera dans le Feu. » Al-Hâkim en a rapporté des variantes similaires, selon différentes voies, d’après Al-Mu`tamir Ibn Sulaymân, volume 1, pages 115—116, jugeant que : « Al-Mu`tamir est l’un des piliers et Imams du Hadith, ce récit a forcément un fondement dans l’une de ces chaînes de narrateurs. Cela est confirmé par le fait que les savants tiennent compte de l’avis de la majorité dans les questions sujettes à divergence, et le fait qu’ils en usent comme indice pour établir l’avis le plus vraisemblable en l’absence d’indices contraires. »

[44] Conférer Ash-Shûrâ wa Atharuhâ fî Ad-Dîmuqrâtiyyah (La concertation et son influence en démocratie) de Dr. `Abd Al-Hamîd Al-Ansârî.

[45] Sourate 3, Âl `Imrân, La famille d’Amram, verset 159.
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