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Ils dirent "C’est un sorcier" et ils dirent "C’est un imposteur"
islamophile.org





A ce stade, nous avons traité de la première caractéristique de l’éloquence qui n’est autre que l’adéquation du discours à la situation d’énonciation.

De ce point de vue, le Coran a dépassé tous les prérequis de l’éloquence, du fait qu’il est en adéquation avec tous les états des hommes, en dépit de la diversité des contextes dans lesquels ils évoluent.

Là est précisément la raison de la déroute des mécréants, face à cet aspect inimitable du Coran que constitue sa capacité à s’adresser à toute l’humanité, à remuer les cœurs de tous ceux qui l’écoutent et le comprennent.

Par conséquent, ils dirent que le Prophète était un sorcier qui envoûtait les gens par ses paroles, car aucun homme ordinaire, quel qu’il fût, ne pouvait produire un discours pouvant convenir à toutes les situations.

Si l’on demandait à l’homme le plus éloquent de notre temps de rédiger un poème ou de préparer un discours qu’il donnerait en public, il serait incapable de préparer un discours qu’il donnerait à la fois devant une assemblée d’érudits et devant une assemblée d’incultes, tout en faisant en sorte que son propos fût adapté à la situation respective des deux auditoires. Il ne pourrait pas non plus écrire un poème destiné à flatter le prince puis l’adresser ensuite au serviteur du prince de telle sorte que le même discours convînt à tous deux.

A l’opposé, le Coran s’adresse aussi bien aux gens cultivés qu’à ceux qui ne le sont point ; il s’adresse au bien à l’esclave qu’au maître, à l’homme ordinaire qu’au gouverneur.

Cette adéquation est ainsi inimitable. Ils dirent donc : c’est un sorcier.

Mais qu’ils produisent alors une sorcellerie identique. D’ailleurs, les personnes ensorcelées ont-elles la moindre liberté ou le moindre choix vis-à-vis de leur envoûteur ?

Si Muhammad - que la paix soit sur lui - était un sorcier qui avait envoûté ceux qui avaient cru en lui, pourquoi ne vous aurait-il pas envoûtés, vous, qui le traitez de sorcier ? Le fait que vous persistez dans votre incrédulité et dans votre volonté à combattre la religion prouve qu’il n’est pas un sorcier.

Car s’il l’était, il vous aurait tous envoûtés : il n’aurait pas envoûté une partie des hommes, laissant l’autre partie libre de ses choix.

Après l’avoir accusé de sorcellerie, ils en vinrent à une deuxième accusation. Ils dirent : c’est un imposteur.

Nous leur répondons : puisque vous avez saisi qu’il était un imposteur, alors faîtes-en autant si vous en êtes capables. Vous êtes en effet plus aptes que lui à faire montre d’imposture car le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui - n’a aucune expérience dans l’art de la rhétorique, du discours, de la poésie et de la littérature.

Plus encore, il ne sait ni lire ni écrire et ne compose pas de poèmes. Quant à vous, vous êtes les grands maîtres du discours et de l’éloquence. A supposer que le Messager de Dieu - paix et bénédictions sur lui -, qui ne sait ni lire ni écrire, qui n’a aucune expérience de la poésie et de la littérature, est bien l’auteur de ces paroles, et que vous l’accusez d’imposture, alors vous n’êtes pas sans savoir que vous maîtrisez les techniques de l’imposture bien mieux que Muhammad - paix et bénédictions sur lui.

Faites appel à vos poètes et à vos hommes de lettres, et formulez des paroles d’imposteur similaires, sachant que les techniques de l’imposture sont à votre disposition.


Le Coran a voulu répondre à ces accusations ; le Très Haut dit :


Ce n’est pas la parole d’un poète ! Si peu croyez-vous ! Et ce n’est pas non plus la parole d’un oracle ! Si peu vous souvenez-vous ! [1]


La réponse faite ici aux mécréants est elle-même un miracle littéraire car la poésie se définit comme un discours versifié obéissant à une métrique reconnue de tous. Le fait que vous, mécréants, prétendiez que ce Coran est poésie est une preuve de votre mauvaise foi.

Pourquoi ? Parce que vous savez parfaitement ce en quoi consiste la poésie. Or le Coran n’est nullement de la poésie avec ses rimes et sa métrique. Ainsi quand vous dîtes que c’est une parole de poète, ce que vous dîtes n’est pas dû à votre ignorance en matière de poésie mais bel et bien à votre incroyance en Dieu ("Si peu croyez-vous !") car vous connaissez parfaitement la poésie.

Puis Dieu rapporte l’accusation des mécréants selon laquelle il s’agit de la parole d’un oracle.

A cet effet, Dieu réplique par l’expression "Si peu vous souvenez-vous !".

Lorsque vous, mécréants, prétendez que c’est la parole d’un oracle, étant entendu que les paroles de l’oracle sont rimées et pourraient être confondues avec une parole divine, vous omettez que la parole de l’oracle n’est pas capable de s’adresser à toutes les facultés humaines et ne peut être à ce point inimitable.

De plus, l’oracle est mis à nu au fil du temps car en tant qu’humain, il est, à la longue, sujet à l’oubli et à la contradiction. C’est pourquoi Dieu - Exalté soit-Il - répond à cette accusation en renvoyant à la mémoire, au souvenir. En effet, il est évident que cette parole n’est pas de la poésie et peut de ce fait être confondue avec des paroles d’oracles.

La différence entre la parole divine et la parole d’un oracle réside ici d’une part dans le caractère inimitable du discours qui s’adresse à toutes les facultés humaines, d’autre part dans le fait que les oracles sont des humains susceptibles d’oublier ce qu’ils ont dit au fil du temps. Dieu renvoie donc à la mémoire des hommes qui permet de vérifier la cohérence des propos tenus ("Si peu vous souvenez-vous !"), et non à leur incroyance ("Si peu croyez-vous !") comme Il l’a fait en répondant à la première accusation.

Passons maintenant à une autre facette de l’inimitabilité du Coran. En lisant de la prose, on ressent, lorsque l’auteur ce cette prose cite un vers de poésie, que le discours a changé de style lors du passage de la prose au vers. Puis quand le passage se fait en sens inverse, du vers vers la prose, on ressent également un changement de style. Analysons l’épître d’Ibn Zaydûn, dans laquelle, quémandant la grâce de son souverain, il dit depuis sa geôle : "Chaque jour a un lendemain, et chaque chose a une échéance. Que mon souverain soit loué pour son bienfait, et qu’il lui ne soit pas tenu rigueur pour sa négligence à mon égard. Car son agissement injuste est le seul envers ma personne, tandis que ses actes bienfaisants se comptent par milliers."

Dans cet extrait, nous ressentons que le passage de la prose - qui correspond au début de l’extrait - au vers final s’effectue dans une parfaite harmonie.


Toutefois, le passage de la prose au vers est bel et bien perçu. Pour comprendre la différence avec le Noble Coran, analysons la parole de Dieu suivante :


Certes, les pieux auront accès à des Jardins et à des sources. « Entrez-y en paix et en toute confiance ! », leur sera-t-il dit. Leurs cœurs auront été purgés de toute haine. Ils y vivront en frères, se tenant face à face sur leurs trônes. Toute souffrance leur sera épargnée et nul ne pourra jamais les déloger. Informe Mes serviteurs que Je suis le Clément, le Miséricordieux, et que, quand Je sévis, Je le fais avec rigueur. Rappelle-leur l’histoire des hôtes d’Abraham, qui s’étaient introduits chez lui en le saluant. « En vérité, vous me faites peur ! », leur dit-il. [2]



A la lecture de ce texte coranique, on ne perçoit nullement le passage de la prose au vers, puis de nouveau à la prose. Sans s’en rendre compte, le lecteur évolue d’un discours délié vers un discours mesuré, puis d’un discours mesuré vers un discours délié. Je mets quiconque au défi de produire quelque chose de pareil.

Les versets "Informe Mes serviteurs que Je suis le Clément, le Miséricordieux, et que, quand Je sévis, Je le fais avec rigueur." constituent un vers de poésie. Pourtant, l’oreille ne distingue à aucun moment le passage de la prose au vers, puis à la suite de ces versets, le passage d’un discours versifié à un discours en prose.

Ce subtil changement de style est courant dans le Noble Livre, comme par exemple dans le récit de l’épouse du ministre de Pharaon et des femmes de notables qu’elle a rassemblées pour leur présenter Joseph :


Puis elle ordonna à Joseph de paraître devant elles. Dès qu’elles l’aperçurent, elles furent émerveillées au point que, dans leur trouble, elles se tailladèrent les mains, en s’écriant : « Grand Dieu ! Ce n’est pas un être humain, mais c’est un ange merveilleux ! » « Voilà donc, dit-elle, celui qui m’a valu vos reproches. J’ai voulu effectivement le faire céder à mes désirs, mais il a tenu à rester chaste. Or, s’il ne fait pas ce que je lui ordonne, il sera certainement jeté en prison et connaîtra un sort misérable. » [3]



Le passage "Voilà donc celui qui m’a valu vos reproches." est un vers de poésie, un monostiche. A-t-on ressenti pour autant le passage du discours délié de la prose au discours mesuré de ce vers ?


Il en est de même du verset :


Croira qui voudra et niera qui voudra ! [4]



ou du verset :


Cependant, Dieu met qui Il veut sur le droit chemin. [5]



qui sont tous deux des vers de poésie bâtis selon une métrique bien identifiée.

Dans tous ces versets, on ne ressent jamais le changement de style entre la poésie et la prose, malgré la différence structurelle qui existe entre les deux types de discours.

Le Coran est en ce sens unique, car on ne peut pas déterminer s’il s’agit de prose, de poésie ou de prose rimée. Il s’agit d’un discours d’un genre unique adapté à la parole du Très Haut. En définitive, l’éloquence du Coran tient au fait qu’il est en adéquation avec la situation de tous ceux à qui il s’adresse, au fait que son discours évolue de manière subtile et imperceptible de la poésie à la prose et de la prose à la poésie, au fait qu’il émeut l’âme humaine, toute âme humaine, et enfin au fait que Dieu a mis au défi les grands pontes de l’éloquence, ainsi que l’humanité et la djinnité toutes entières, de produire une sourate du même genre, cependant que ce défi ne put jamais être relevé. Avec cet échec, les dénégateurs ne surent mener comme ils l’auraient voulu le combat contre la nouvelle religion. Ils ne surent mener le combat contre le miracle même de la nouvelle religion qu’était le Noble Coran.


Ce défi les dépassant tous, ils se tournèrent alors vers celui qui avait reçu le miracle, à savoir Muhammad - paix et bénédictions sur lui - disant : "Pourquoi n’a-t-on pas révélé ce Coran à quelque personnage important de l’une ou l’autre des deux villes ?" [6]

Voilà donc les raisons profondes de la dénégation des incroyants. La rancœur et la jalousie n’ayant pu faire face au Coran, ils demandèrent pourquoi Dieu avait choisi Muhammad pour lui révéler le Coran, comme pour dire que le défaut du Coran est qu’il fut révélé à Muhammad - paix sur lui, non pas qu’il symbolise la lutte entre le vérité à laquelle il appelle et l’erreur sur laquelle ils campent.

Or, qui campe sur l’erreur souhaite qu’elle perdure car c’est l’erreur qui lui donne la force, le pouvoir et l’hégémonie. Il souhaite donc que l’erreur dure afin que son hégémonie dure. Il craint que la vérité apparaisse, abatte son erreur et annihile son pouvoir, appelant alors de ses vœux :


Dieu, si telle est la vérité de Ta part alors fais qu’il pleuve sur nous des pierres du ciel. [7]



Il recherche ainsi puissance et dignité dans l’erreur. Si la venue de la vérité doit être en revanche liée à la disparition de son pouvoir, alors il n’en veut point et il réclame, il demande à Dieu qu’il pleuve sur lui des pierres du ciel. En fait, il déteste la vérité en soi car elle le privera de son pouvoir et de sa force.

Il souhaite que l’erreur perdure afin de garder son rang même en dépit de la vérité. Les incroyants clament ainsi :


Si nous suivons avec toi la bonne direction, nous serons expulsés de nos terres. [8]




Ce qui empêche les incroyants d’accéder à la foi n’est donc pas qu’elle n’est pas vraie, mais qu’elle va les priver de la puissance que leur confère l’erreur.

Ils craignent qu’on se rebelle contre eux et qu’on les expulse de leurs terres. Place est donc faite à l’entêtement après leur incapacité à faire face au défi linguistique du Coran.




P.-S.

Traduit et adapté de l’arabe, du livre de Sheikh Muhammad Mitwallî Ash-Sha`râwî, Mu`jizat Al-Qur’ân, éditions Akhbâr Al-Yawm, 1993, disponible en ligne sur le site Mohdy.com.





Notes

[1] Sourate Al-Hâqqah, L’Avérée, versets 41 et 42.
[2] Sourate 15, Al-Hijr, versets 45 à 52.
[3] Sourate 12, Yûsuf, Joseph, versets 31 et 32.
[4] Sourate 18, Al_Kahf, La Grotte, verset 29. NdT
[5] Sourate 24, An-Nûr, La Lumière, verset 46. NdT
[6] Sourate 43, Az-Zukhruf, L’Ornement, verset 31. NdT
[7] Sourate 8, Al-Anfâl, Le Butin, verset 32. NdT
[8] Sourate 28, Al-Qasas, Le Récit, verset 52. NdT
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