AccueilRechercherS'enregistrerConnexion



Partagez | 








Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 






Le Coran ordonne-t-il de frapper la femme ?



Question : Les détracteurs de l'Islam se réfèrent souvent, lorsqu'ils s'attaquent au Coran, à un passage du verset 34 de la Sourate An Nissâ ("Les Femmes"), qui dit : "(…)Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d'elles dans leurs lits et frappez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand."
Pouvez-vous nous éclairer sur le sens et la portée réelle de ce passage coranique ?



Réponse du frère Malik :

Déjà, la première chose sur laquelle je voudrai insister, c'est que le Livre d'Allah ne dit en aucun cas aux croyants de quitter le lit conjugal lorsqu'ils en ont envie, ni de battre leurs femmes lorsqu'ils en ont envie.

Affirmer le contraire est une calomnie sur le livre d'Allah.

Le Coran nous dit clairement à propos de l'attitude à avoir envers l'épouse :


Et comportez- vous convenablement envers elles. Si vous avez de l'aversion envers elles durant la vie commune, il se peut que vous ayez de l' aversion pour une chose où Allah a déposé un grand bien.
(Sourate 4 / Verset 19)



Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) disait pour sa part : "Qu'un croyant n'ait pas de l'aversion envers une croyante, s'il déteste en elle un comportement, qu'il agrée d'elle un autre comportement."



Le Coran, évoquant les liens intimes entre les époux, dit encore:


Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles
(Sourate 2 / Verset 187)



Le prophète avait par ailleurs confirmé les propos du compagnon Salmane al Fârissi (radhia Allâhou anhou) qui disait à Abu Ed-dardâ (radhia Allâhou anhou) : "Sache qu'Allah a des droits sur toi, que ton "nafs" (ta personne) a des droits sur toi et que ton épouse a des droits sur toi, alors donne à chacun d'eux son droit"


(Il lui avait dit cela, lorsque, sous prétexte de se rapprocher de son Seigneur, Abu Ed-dardâ' (radhia Allâhou anhou) avait délaissé la part de sa femme, au point où celle-ci s'en était plainte en disant qu'il n'avait plus envie des bien de cette vie. (Hadith relaté par Al Boukhâri et d'autres).)

Tels est la teneur des Textes Sacrés de l'Islam vis-à-vis du comportement habituel que devrait avoir le mari musulman envers son épouse et vice versa.

A vrai dire, tout comme l'Islam responsabilise l'homme, il responsabilise également la femme, étant donné que les deux se tiendront debout devant Allah le Jour du Jugement et tous deux devront rendre des comptes sur leurs comportements.



Ainsi, tout comme l'homme doit observer les droits que son épouse a sur lui, son épouse doit elle aussi observer les droit qu'a son mari sur elle. Allah dit bien :


Elles ont des droits équivalents à leurs obligations, conformément à la bienséance.
(Sourate 2 / Verset 228)



Ainsi, il n'est autorisé ni à l'homme, ni à la femme de manquer aux droits qu'a leur conjoint(e) sur lui (elle).



Telle est la règle générale de l'islam. Et à ce titre, l'homme n'a nullement le droit de lever sa main sur sa femme car cela est contraire au comportement convenable citée dans le Coran.


Maintenant, si la femme se montre "Nâshizah" (rebelle) vis-à-vis de son mari, que peut faire ce dernier, étant donné que lui aussi a des obligations et que chacun sera jugé selon son acte, et non selon l'acte de l'autre ?... Allah dit bien dans le Coran:


Entraidez-vous dans l'accomplissement des bonnes œuvres et de la piété et ne vous entraidez pas dans le péché et la transgression.
(Sourate 5 / Verset 2)



Et le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) a dit -si le hadith est authentique; néanmoins, le principe y est- : "Que l'un de vous ne soit pas un "suiveur" qui dit: "Je suis comme les autres. S'ils font du bien, je le fais et s'il font du mal, je le fais". Mais soyez indépendants en faisant du bien lorsque les autres le font et en évitant leur mal lorsqu'ils font du mal." (Rapporté par Et-tirmidhi, qui l'a agréé)




Que peut donc faire le mari dans ce cas là ? A-t-il le droit de manquer à ses obligations ?


Dans le verset 34 de la Sourate 4, Allah exprime clairement que le mari n'est pas du tout dispensé de ses obligations, qu'il y a toujours un moyen de corriger cela en ayant recours à la "maw'idha" (l'exhortation), mais qu'il n'a nullement le droit, ni de quitter son lit conjugal pour cela, ni de lever le moindre doigt.



Le verset en question dit bien:


Et quant à celle dont vous craignez la rébellion, exhortez-les

Maintenant, si l'exhortation ne donne pas ses fruits et l'épouse continue à s'entêter, là, Allah autorise à l'époux de manquer à un de ses devoirs et de ne pas partager sa couche avec elle.

Le verset dit :


Eloignez-vous d'elles dans leurs lits.




Et ceci, comme l'ont bien compris les savants, en dormant dans la même chambre et non ailleurs car tant qu'ils sont ensembles, cela pourrait arranger les choses.


Allah dit à propos de la "Iddah" (délai d'attente) du "Talâq" (divorce) qu'il ne faut jamais faire sortir l'épouse durant cette période de son domicile, pour la raison qu'Il a Lui-même donnée :



Tu ne sais pas si d'ici là Allah ne suscitera pas quelque chose de nouveau!
(Sourate 65 / Verset 1)



Et la "chose nouvelle" évoquée dans ce verset est bien la réconciliation.


Le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), comme le rapporte la Tradition Prophétique, avait déjà eu recours à cette deuxième étape, et ce, durant un mois, jusqu'à ce que les versets de la Sourate "Al Ahzâb" s'adressant à ses épouses soient révélés, leur proposant de choisir entre rester avec le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) et corriger par conséquent leur comportement et entre le divorce (Pour plus de détails sur ce choix, revenir aux versets en question (28 et 29 de la sourate 33) et à ceux de la sourate "Et-tahrîm" (Sourate 66).)

Maintenant, si malgré cela, cette étape n'apporte pas non plus de solutions, cela signifie que nous sommes face à une situation très délicate...



En effet, la rupture ("shiqâq") n'est pas loin et c'est la femme qui en est la cause dans ce cas-ci. Que faire dans alors?


La suite le dit :

Et frappez-les



Que veut dire ce texte ?

Incite-t-il a frapper l'épouse ou le conseille-t-il, étant donné que c'est d'une forme impérative qu'il s'agit ici ?...



Et bien on ne l'a pas compris ainsi, et ce, à partir du contexte même dans lequel ce passage a été révélé, du style coranique et des Hadiths prophétiques qui traitent de la question.

En effet, le grand Imam Tâbi'î (de la génération qui suit celle des Compagnons du prophète (sallallâhou alayhi wa sallam)) 'Atâa r.a., qui a une très grande renommée entre les savants et est un très grand interprète du Coran, affirme : "Qu'il ne la frappe pas, même s'il lui donne un ordre et elle ne lui obéit pas!"



L'Imâm Ibn Al Arabi r.a., le grand juge Malékite, réplique en disant : "Cela provient de la compréhension bien profonde de 'Atâa !"

Puis, il argumente cela, comme je vais le détailler un peu plus loin. L'Imam Châfi'î dit clairement dans "Kitâb Al Umm" (ses propos sont repris par Al Fakhr Ar-râzi r.a. dans son exégèse, le célèbre Tafsir Kabir") : "Le fait de frapper est, dans ce cas extrême, autorisé mais le fait de ne pas la toucher est la meilleure solution!"


Et malgré mes nombreuses lectures, je ne suis tombé sur aucun savant ayant un poids chez les oulémas musulmans qui incite à frapper sa femme dans ce même cas extrême.


Bien au contraire j'ai même lu chez Al Âlûssi , dans son "Rûh Al Ma'âni", ainsi que chez As-Sâbûni dans ses "Ahkâmu al Qurân", l'accord entre les savants sur le fait que ne pas frapper dans ce cas est la meilleure solution et le meilleur exemple.




En effet, le Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam) dit : "Le meilleur d'entre vous est le meilleur envers ses épouses".



Dans un autre hadith, il dit clairement concernant le fait de frapper sa femme dans ce cas extrême : "Les meilleurs de vous ne frapperont pas".

Et dans un autre Hadith, il est relaté que, lorsque des maris avait frappé leurs épouses dans ce même cas extrême et que celles-ci étaient allées se plaindre auprès des épouses du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), celui-ci avait donné un prêche dans lequel il évoqua que de nombreuses femmes étaient venues se plaindre de leurs maris... Il dit alors : "Ceux-là (ces maris) ne sont pas les meilleurs d'entre vous." (Hadith authentique rapporté par Esh-shâfi'î, Ibn Mâjah, Ibn Hibbân (si je me rappelle bien) et d'autres.)


Est-ce que cela contredit le passage du Coran en question ? Si l'on a une bonne maîtrise du style coranique, on comprend très bien qu'il n'y a aucune contradiction ici.



En effet, on se trouvait déjà dans une étape où le simple fait de lever le moindre doigt constituait un péché en soi.



Et nous sommes passés de l'interdiction au verbe employé à l'impératif qui est "idribûhunna": "Frappez-les."



Cet usage est connu en arabe sous l'appellation de "Al Amru ba'da ennahy" (l'ordre qui suit une interdiction).



Que signifie ce genre d'emploi ?

Je vais citer deux exemples dans le Coran qui permettent clairement de comprendre la règle ainsi que le style employés.


Le premier concerne le fait de chasser durant le pèlerinage. Le verset dit clairement :


Ô vous qui avez cru, ne chassez pas en étant en état de sacralité
(Sourate 5 / Verset 95)

Après cette interdiction, un verset révélé plus tard dit :


Une fois désacralisés, chassez!
(Sourate 5 / Verset 2)
(Traduction littérale)





Nous nous trouvons ici dans une situation similaire : Nous étions dans un moment d'interdiction. Et lorsque ce moment fut achevé, le verbe "istâdû" ("Chassez !") a été employé à la forme impérative.



Devons-nous en déduire qu'il s'agit ici d'un ordre ou d'une recommandation et, par conséquent, dès qu'on finit le pèlerinage, on va partir pour la chasse ?!!!

En tous les cas, aucun des savants musulmans ne l'a compris ainsi.



D'ailleurs, aucun arabophone non plus ne le comprendra de cette façon.



Tous ce qu'on peut déduire de cela est que durant l'Ihrâm (état de sacralité) la chasse était interdite et après, elle ne l'est plus, c'est à dire que si on chasse après la fin du Ihrâm, on ne commet plus de péché.



Un second exemple est donné dans sourate "al Jumu'a" (par rapport à la Prière du Vendredi), le verset dit :



Quand on appelle à la Salat du jour du Vendredi, accourez à l'invocation d'Allah et laissez tout négoce.
(Sourate 62 / Verset 9)



Cela signifie que durant cette période, le musulman est dans l'obligation de ne faire aucun commerce et de venir répondre à l'appel. Ensuite, nous avons le verset suivant qui dit :


Puis, lorsque la prière est terminée, dispersez vous sur terre et demandez le bien d'Allah (le commerce entre autres...)
(Sourate 62 / Verset 10)


Que faut-il alors comprendre par "intashirû fil ard" ("Dispersez-vous sur terre !") ?

Est-ce un ordre ou est-ce une recommandation?

Et celui qui veut rester dans la mosquée invoquer Son Seigneur après la prière du vendredi commet-il un péché ou quelque chose de déconseillé ?

Absolument pas !

Mais nous nous trouvons une fois de plus dans la situation ou durant un moment une chose était interdite, puis le verbe est venu sous une forme impérative pour expliquer que cette interdiction est levée. Rien de plus!



Il en est de même pour le verset que nous traitons ici à propos de l'impératif "idribûhunna" ("Frappez-les").

Si nous le remettons dans son contexte, une fois de plus, nous voyons bien qu'il s'agit d'un impératif qui a été employé après toute une étape d'interdiction. Mais il y a ici quelque chose de plus important encore...

Tout de suite après ce verbe à l'impératif, Allah dit :


Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Allah est certes, Haut et Grand!
(Sourate 4 / Verset 34)




Quel sens a le passage "Allah est Haut et Grand!" qui vient après "Ne cherchez plus de voies contre elles" ?


Cela veut dire que si vous usez de votre force en transgressant les limites et vous frappez après la disparition de la raison pour laquelle le fait de frapper avait été autorisé, sachez que tout comme vous, vous êtes plus fort physiquement que votre femme, Allah est bien plus Grand que vous... Ce que vous pouvez lui faire à cette épouse, Allah peut vous en faire beaucoup plus et Allah est "aliy" ("Haut"), dans le sens que vous devriez vous élever contre ce genre de comportement.


Donc, en résumé, il s'agit ici d'une période où l' "immunité" de la femme (si l'on peut s'exprimer ainsi) a été levée temporairement, sans pour autant que le fait de frapper ne soit conseillé ou recommandé. Bien au contraire, le meilleur exemple demeure celui du Prophète Mouhammad (sallallâhou alayhi wa sallam), comme je l'ai cité plus haut.


Maintenant, en quoi consiste cette "levée d'immunité" et que veut dire "frapper" ici ? Est-ce un geste qui, sans aucun doute, a une conséquence importante sur la psychologie de la femme ou est-ce un acte véritablement physique ? Quelle est véritablement sa limite?


C'est dans ce contexte qu'il faut lire les propos des juristes ("fouqahâa") sur la question.



Lorsque le Compagnon Ibn Abbâs (radhia Allâhou anhou) fut interrogé sur le sens de "frapper", il répondit:


"bi s-siwâki wa nahwih"
(Avec le siwaak (le petit bâton qui a la taille d'un stylo à peu près) et ce qui est du même genre.


La réponse d'Ibn Abbâs (radhia Allâhou anhou) consiste a expliquer ce que veut dire "frapper" ici : Il est clair qu'il ne s'agit pas de faire mal physiquement. En fait, ce qui est autorisé par le verset, c'est l'impact même du geste et non la force de celui-ci.

C'est pourquoi, les savants disent que si le coup laisse la moindre trace, le talion s'impose. Et ce n'est certainement pas le coup avec un stylo qui risque de laisser quoi que ce soit comme trace, si ce n'est une trace plutôt morale. Et malgré cela, ceci est loin d'être conseillé. Bien au contraire, comme on l'a vu plus haut...


Voilà pour ce qui est des textes relatifs à cela. J'ai pris le temps de les détailler vu toute la confusion qui est propagée à droite et à gauche sur le sujet.




Wa Allâhou A'lam !
Et Dieu est Plus Savant !


http://www.musulmane.com/modules.php?name=News&file=article&sid=15
Revenir en haut Aller en bas




Peut-on frapper les femmes ?
Dr al 'Ajmî (oumma.com)







Allah dit

إِنَّ اللّهَ لاَ يُغَيِّرُ مَا بِقَوْمٍ حَتَّى يُغَيِّرُواْ مَا بِأَنْفُسِهِمْ وَإِذَا أَرَادَ اللّهُ بِقَوْمٍ سُوءاً فَلاَ مَرَدَّ لَهُ وَمَا لَهُم مِّن دُونِهِ مِن وَالٍ

En vérité, Dieu ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les [individus qui le composent] ne modifient pas ce que est en eux-mêmes. Et lorsque Dieu veut [infliger] un mal à un peuple
, nul ne peut le repousser : ils n'ont en dehors de lui aucun protecteur.
(Sourate Ra'ad v.11)


Peut-on frapper sa femme avec le Coran ?

Telle est la question que nous avions formulée qui, pour ne pas être élégante, avait tout du moins le mérite d’être explicite ; ce que la morale réprouve, le Coran l’aurait-il autorisé ?

L’on entend déjà qu’une autorisation n’est pas un droit, qu’à circonstances exceptionnelles, moyen exceptionnel.

Il y a celles et ceux de bonne volonté qui demandent ce qu’il faut faire d’un tel verset, doit-on l’oublier ou l’amputer du texte ? Certaines et certains, également, ne peuvent supporter que le divin assomme les femmes sous la force de l’homme.

Mais aussi les donneurs de leçons qui, saisissant le bâton, nous l’assènent, et d’autres, goguenards, citant “in texto” le Coran : « Frappe ta femme tous les vendredis car si tu ne sais pas pourquoi, elle, elle le sait », dixit mon voisin de souche.

Si tant est que la misère ordinaire n’ y aurait point suffi, que le dos n’ait ployé sous la charge, l’âme sous l’amertume débordée, qu’alors la récente actualité franco-américaine nous aurait rappelé les tréfonds du problème et de l’âme, les rapports entre la prédation, le discours et la morale, l’homme et les femmes.

Si une chose est universelle c’est bien la sourde souffrance de l’autre ; quelque soit le ciel, les larmes ont le même goût, salé et amer.


Il ne sera pas question de discuter du fait de savoir s’il l’on a le droit ou non, fût-il “coranique”, de frapper sa femme, pas même une femme mais bien « sa » femme, comme d’autres bastonnent leur âne.

Qui commet cela, ou y songe, n’a sûrement pas besoin d’une légitimation “légale”, et il y aurait une indécence plus grande encore à en débattre : « Sheikh, l’islam permet-il à l’homme de frapper sa femme ? »

Un musulman pourrait-il à ce point être dénué de sens moral, d’éthique, qu’il en vienne à se demander si sa religion, Dieu, son Prophète, son Livre, aient pu l’autoriser à frapper « sa » femme, une femme.

Un musulman serait-il un coeur mort pour un esprit sec, un être sans conscience.

Ceci étant clairement précisé, demeure à la question pour nous un intérêt autre et, aux articles précédents, nous avions évoqué la hiérarchie Coran, Sunna, Sharia, les rapports de cohérence et de priorité devant les régir.

Au dernier, nous avons spécifié une approche rationnelle face à une Sunna qui contredisait le Coran à partir d’un cas concret : l’égalité des hommes & des femmes.

L’ensemble, Coran, Sunna, Sharia, c’est-à-dire l’islam, ne peut être probant que si le Coran, pilier principal de l’édifice, est lui-même cohérent, s’il ne comporte aucune contradiction :

Ne méditent-ils donc pas le Coran ? S’il avait été d’un autre que Dieu ils y trouveraient de nombreuses contradictions.
Sourate 4.Verset 82.


Ainsi, logiquement encore, nous avions postulé que si deux énoncés coraniques semblent se contredire c’est que : soit nous n’en comprenons pas un des deux, soit les deux.


Illustrant doublement notre propos, un verset coranique est tristement célèbre, on peut y lire en une traduction standard l’enchaînement suivant :

Les hommes ont autorité [qawwâmûna] sur les femmes, en raison des faveurs que Dieu accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens.
Les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari [qânitât], et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leur époux, avec la protection de Dieu.
Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les [wa-dribûhunna].
Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Dieu est certes, Haut et Grand !
Sourate 4 Verset 35



Si le texte ainsi produit pourrait paraître un peu confus, il n’en ressort pas moins, et peut-être à dessein, un triptyque précis :
Les hommes ont autorité sur les femmes.
Les femmes vertueuses sont celles qui obéissent à leur mari.
Si elles désobéissent, frappez-les.


Or, nous avons précédemment montré que le Coran atteste explicitement de l’égalité plénière entre l’homme et la femme selon au moins sept niveaux d’égalité que nous rappelons :

1- Egalité ontologique,
2- Egalité de valeur,
3- Egalité en la foi,
4- Egalité en religion,
5- Egalité spirituelle,
6- Egalité en la réciprocité,
7- Egalité en société.


A l’analyse, cette égalité présuppose l’équité, la réciprocité, et la complémentarité.

Comment donc concevoir que le Coran puisse à maintes reprises prôner un tel idéal de justice et d’humanisme éclairé et cautionner par ailleurs un pater familias que chacun, mais pas chacune, pourra nuancer selon ses besoins : du paternalisme au sexisme, du patriarcal au machiste, du phallocentrisme au sexisme misogyne ?

Rigoureusement, il se pourrait alors que nous nous soyons trompé en notre analyse égalitaire et ayons interprété le Coran en fonction de nos présupposés personnels. Rigoureusement, cela ne peut être le cas, les versets traitant de cet important problème sont nombreux, redondants, explicites, et à aucun moment nous n’avons eu recours à un quelconque procédé d’interprétation. Ces versets sont au sens premier et obvie limpides et ne nécessitent qu’une lecture directe.

Rigoureusement, face à ce premier constat, seule la deuxième hypothèse logique persiste : nous ne lisons pas correctement, c’est-à-dire nous ne comprenons pas, le sens apparent de la sourate 4 verset 34.


(suite =>)
Revenir en haut Aller en bas

(suite)






Première affirmation : Les hommes ont autorité [qawwâmûna] sur les femmes.


La racine verbale qâma signifie principalement se lever, être droit, se dresser, surgir, s’immobiliser, occuper une place, se charger d’une affaire, devoir faire, s’occuper de, savoir faire, soutenir.



Le pluriel qawwâmûna qui en découle est une forme intensive du participe actif qâ’im lequel a pour sens connu : qui est debout, qui s’occupe de quelque chose, qui est constant et responsable.



Le champ lexical est homogène et la forme qawwâm, plus extensive et protectrice, fait qu’il n’ y a aucune difficulté à comprendre en ce verset : « Les hommes assument les femmes ».



La suite immédiate est explicative : « à raison de ceux que Dieu les avantages (avantager et non pas faveurs pour le verbe faddala) les uns les autres et de ce qu’ils dépensent de leurs biens. »


Cette traduction est littérale et le sens en est apparent : il est tout simplement demandé aux hommes d’assumer matériellement le couple (plus largement peut-être les femmes) du fait qu’ils ont généralement plus de moyens à y consacrer. On note qu’il ne s’agit pas dans la formulation d’un ordre mais d’un constat : lorsque telle est la situation sociale alors vous vous devez moralement de le faire.


Cette lecture directe non interprétative maintient la cohérence coranique.
L’on peut alors légitimement se demander comment l’on a donc pu traduire, c’est-à-dire valider le sens de qawwâmûna par : « avoir autorité sur». Les exégètes classiques ont fortement pesé sur le texte et l’ont surinvesti d’une gamme fleurie de commentaires où l’homme est réputé être “supérieur” à la femme, concept dans l’ordre des choses et de l’évidence selon eux.


Cette induction de sens, assenée en boucle sur des siècles, permet aux lecteurs et aux traducteurs inattentifs ou aimablement conscients de leur masculinité de “lire” qawwâmûna comme signifiant « avoir autorité sur ».



La lecture n’est point un phénomène objectif mais orienté et « celui qui a autorité sur » ce dit en arabe « qâ’im bi » et non pas « qâ’im ‘alâ » comme le porte expressément le texte coranique. La confusion puise là ses intimes mécanismes et, alors même que « qawwâmûna ‘alâ-n-nisâ’i » ne peut que signifier « les hommes assument les femmes », le sens voulu par le discours prégnant l’oblitère et impose ce que les hommes ont pensé : « les hommes ont autorité sur les femmes ».


Cet exemple montre sans peine que les mots clef du Coran peuvent servir aisément de caution aux points de vue de certains types de société indépendamment du Message coranique textuellement transmis. Le « sens » du Coran a donc une histoire qu’il nous faudrait savoir envisager.

(suite =>)
Revenir en haut Aller en bas

(suite)





Deuxième affirmation : Les femmes vertueuses sont obéissantes [qânitât] à leur mari.



Ici le mécanisme est différent. C’est le terme qânitât qui est commenté ou traduit par « obéissantes à leur mari ». La racine verbale qanata est homogène et non polysémique, elle évoque le fait de se résigner à la volonté de Dieu, de prier abondamment, d’adorer Dieu sincèrement, avec grande dévotion, être dévot et au féminin dévotes, qânitat.


Citons la sourate 39 verset 9 où l’on note l’emploi masculin de qânitun ; serait-ce un homme obéissant à sa femme qui serait ainsi loué !



De même en sourate 66 verset 12 Maryam (Marie) est qualifiée de qânitât, serait-ce qu’elle était obéissante à son mari !


Nonobstant, cela n’a nullement gêné les commentateurs principaux ayant bien voulu là comprendre et nous faire comprendre que l’obéissance due à Dieu devait être ici synonyme de l’obéissance due au mari !



Normalement, un arabe, ou un pauvre arabophone, ne peut commettre la confusion, c’est donc bien que nous ne lisons pas le Coran mais bien plutôt ce que les hommes, ici les exégètes ou les ulémas, en disent. Les traducteurs qui leur ont servilement ou volontairement emboîté le pas ont eu deux options : ajouter « à leur mari » dans le texte, comme en la version que nous avons suivi, ou les mettre entre parenthèses : « les femmes vertueuses sont obéissantes (à leur mari) » ce qui est plus élégant mais tout aussi tristement mensonger.


Il convient donc de lire et comprendre ces mots comme signifiant sans aucune difficulté : « Les femmes vertueuses sont dévouées à Dieu. »


Le glissement sémantique opérant de obéir à Dieu vers obéir à son mari est en lui seul parfaitement symptomatique du mal qui a rongé la formation de l’islam historique et continue à ronger nos cœurs et nos esprits ; encore une fois le sens du Coran à une histoire.

(suite =>)
Revenir en haut Aller en bas

(suite)


Troisième affirmation : Si elles désobéissent, frappez-les [wa-dribûhunna].


L’on aura compris que lorsque par interprétation forcée et dévoiement du texte l’on avait comme première proposition : « les hommes ont autorité sur les femmes » et comme deuxième « les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari » il n’ y avait rien d’étrange ou de discordant à ce que ce verset puisse autoriser l’homme à corriger la désobéissante, la récalcitrante à l’ordre voulu par Dieu. Ce verset, sans aucun doute, était alors en lui-même cohérent.

Il était toutefois en contradiction avec les principes d’égalité coranique et nous verrons en infra comment cela a été résolu classiquement.


Mais, à présent que nous avons rétabli la continuité de sens, la problématique apparaît double :



1- Persiste l’opposition d’avec le Message coranique, opposition qui de notre point de vue est inadmissible et impose une révision de sens.

2- S’ajoute une difficulté interne au verset.

En effet, comment l’homme qui n’a comme prérogative que de subvenir honnêtement aux besoins de son épouse pourrait-il avoir conséquemment le droit de la frapper ?

Le paternalisme bon ton, mais à vrai dire la volonté patriarcale, le pouvait seul justifier.

Nous serions donc en droit et, plus encore, en obligation à partir de ce simple constat de nous interroger sur le sens de l’ordre coranique wa-dribûhunna qui, comme chacun sait, signifie malgré tout et apparemment selon l’avis unanime et courant frappez-les.


Afin que de parvenir à résoudre cette double difficulté et l’argumenter solidment nous poursuivrons l’analyse selon trois axes distincts :


1 – Analyser l’appareil exégétique dont on a chargé ce verset afin d’en forcer le sens.


2 – Analyser le texte et les contextes.
Ces deux études critiques devraient permettre d’étayer d’autres hypothèses de sens.


3 – Analyser les possibilités linguistiques de résolution d’une égalité semblant indiscutable, puisque pour mémoire wa-dribûhunna est composé de idribû, l’impératif pluriel du verbe daraba, frapper, et de hunna le pronom elles, construction signifiant donc frappez-les.
Pour des raisons de format uniquement, les deux premières démarches concluront cet article, la troisième et dernière sera l’objet du prochain, à Dieu plaise.





(suite =>)
Revenir en haut Aller en bas

(suite)




Étude critique




Point 1
: L’induction de sens classique a été ci-dessus analysée et invalidée. Il apparaît littéralement que :



a) Ce verset n’indique pas que les hommes ont autorité sur les femmes.

b) Il indique sans équivoque que la piété n’est point d’obéir aux époux mais à Dieu.


c) Le Coran plaide explicitement pour une parfaite égalité de droit et de considération entre les hommes et les femmes.


Rien ne permet par conséquent de supposer et d’admettre selon cette cohérence coranique que l’homme ait un quelconque droit à frapper son épouse.


_________________________


Point 2 : Il a été fourni une preuve à la thèse officielle : Cette « circonstance de révélation » est fort connue, elle est rapporté par Tabari, Ibn Kathîr, Al Qurtubî, Al Baghawî, Az-Zamakhsharî, As-Suyûtî, Al Alûsî, et d’autres : « Une femme que son mari avait giflée vint s’en plaindre au Prophète qui ordonna le talion [al qisâs]. Alors Dieu révéla : « Les hommes ont “autorité” sur les femmes… »


Certaines versions ajoutent, pour que l’on comprenne mieux, ce commentaire du Prophète : « J’ai voulu une chose mais Dieu en a voulu une autre et ce que Dieu décide est meilleur. »


Fort heureusement, ce propos n’est pas un hadîth mais une mise en scène exégétique qui, même lorsqu’elle est attribué à l’Imam ‘Ali, reste apocryphe.


Nous devrions donc à la seule vigilance des spécialistes du Hadîth de ne pas avoir à souffrir un tel amas de contrevérités.


Curieusement, nous pourrions noter que ce récit imaginaire a été inspiré par le concept de réciprocité directement issu du discours coranique sur l’égalité entre les hommes et les femmes !





En réalité, ces procédés de contrefaçons officielles sont autant d’aveux d’une volonté déterminée à imposer au Coran ce que l’homme pense. Cette pseudo anecdote n’est en rien anodine, tout l’univers patriarcal des musulmans y pèse. Au passage, l’on notera que pour le besoin de la cause nôtre le Prophète est même désavoué par Dieu de son statut d’interprète juste de la Révélation !



_________________________




Point 3 : Il est connu et authentifié dans le Hadîth comme dans les Sîra que le Prophète n’a jamais frappé une dame.


Selon un hadîth authentifié rapporté par Ibn Hibbân il aurait expressément interdit cela : لا تضربوا إماء الله = « Ne frappez pas les Servantes de Dieu. »

De même cette parole : « Quiconque gifle son esclave ou le frappe son expiation sera de l’affranchir », hadîth rapporté entre autres par Muslim.


Comment aurait-il pu donc frapper ou accepter que l’on frappe sa propre épouse ?


Mais, surtout, comment imaginer qu’il pourrait en être autrement du modèle prophétique, de l’Aimé qui vit en nos cœurs. Ce faisant, nous noterons que la Sunna du Prophète est ici conforme à l’esprit d’égalité et de respect que le Coran insuffle.




_________________________




Point 4 : Il est connu, et rapporté par Al Bukhârî, Muslim et d’autres, que le Prophète lorsqu’il eut à faire front à des difficultés avec ses épouses, ce qui est la thématique formulée en notre verset : « Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et frappez-les [wa-dribûhunna] », ne régla pas au final le conflit en les frappant.


Mais, il se retira un mois durant jusqu’à ce que le temps faisant, la situation se dédramatisa d’elle-même, sage comportement de fine psychologie.

Aurait-il désobéi au Coran ?

Ou bien était-ce avant la révélation de la sourate 4 verset 34 ?

Il y a bien un terme où la raison devient irraison.



_________________________



Point 5 : Pose problème la présence d’un hadîth en multiples variantes où le Prophète autorise l’homme à frapper sa femme en réponse à la question : Quels sont les droits de la femme sur son époux ? « Que tu la nourrisses comme tu te nourris, l’habille comme tu t’habilles, que tu ne la frappes pas au visage, ne l’insulte pas, et ne l’expulse pas de la maison. », charmantes attentions et « hadîth » régulièrement versés au dossier mais en totale contradiction avec ses autres propos et le message coranique.

A vrai dire, en l’esprit de ceux qui colportent ce type d’affirmation cela n’est pas en soi en contradiction avec l’interdiction de frapper précédemment énoncée par le Prophète, il suffit de frapper plus bas que le visage...


Ajoutons que les spécialistes ont noté que le premier rapporteur de ce hadîth, Muâwyya al Qushayri, n’est pas fiable.


L’objectif visé par la mention d’un tel propos par les commentateurs et de préparer l’acceptation des affirmations du point 7.




_________________________




Point 6 : Selon la logique de l’énoncé « Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance, exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leur lit et frappez-les » l’on discerne une pédagogie progressive qui, si elle n’aboutit pas, imposerait que l’on frappe la dissidente.

Mais, en ce cas, pour que cela ait la moindre chance d’être efficace, il nous faudrait admettre qu’il s’agirait alors de frapper fort afin de contraindre l’épouse et d’obtenir par la force ce que l’on n’avait pu réussir par le dialogue.

Bien sûr, ceci majorerait d’autant plus l’incohérence coranique et le Prophète aurait alors prononcé cette belle maxime rapportée par Muslim : « Dieu est miséricordieux et aime la clémence, Il accorde par la mansuétude ce que la force ne peut obtenir » comme une déclaration en totale opposition d’avec notre verset, contradiction sur contradiction.



_________________________



Point 7 : Ce problème semble avoir été perçu par les commentateurs qui ont quasi unanimement admis que le « frappez-les » ne pouvait que signifier : frappez-les “ doucettement”.

Pour cette délicate opération l’on fait intervenir principalement Abdullâh ibn Abbâs « l’interprète du Coran » qui explique que le coup doit être un darb ghayr mubarrih, un coup non violent.


D’autres variantes précisent que l’on se doit de ne pas briser d’os répandre le sang ou laisser de traces.

Concrètement, il est conseillé d’utiliser à cette fin, par exemple, une petite baguette tel un siwâk, objet fétiche qui comme chacun sait peut aussi servir de brosse à dents.


Il est assez triste d’avoir à nous réjouir pour Ibn Abbâs et les femmes que l’ensemble de ces propos soit infondé hadistiquement.


Il serait plus gênant encore de retrouver ce même conseil technique « frappez-les d’un coup non violent » dans le discours que le Prophète est censé nous avoir légué en son dernier pèlerinage.


Il nous suffira peut-être, même s’il parait difficile de perdre ce poignant témoignage, de savoir que ce « discours » est une construction a posteriori et hétéroclite introduite dans les Sîra, biographies de Muhammad, mais qu’il ne figure pas en les recueils de hadîths.

Celles qui le veulent peuvent relire les quelques lignes que le Prophète y aurait consacré au sort des femmes, un concentré patriarcal et machiste non édulcoré… cf. Le Prophète aurait-il donc déclaré être « le meilleur envers les femmes » parce qu’il se contentait de les frapper sans leur briser les os !!

Ceci étant, pour les exégètes, en ces concepts où l’horreur le dispute à l’absurde, ce n’est point le sort des femmes qui est visé mais le rétablissement de la cohérence coranique.


Ce point de vue n’a été forgé et validé par les commentateurs que du fait qu’il permet de justifier ce type de culture face à l’égalité théorique défendue par ailleurs par le Coran, comme si on atténuait la contradiction en atténuant l’intensité de la frappe…


_________________________



Point 8 : Toute chose à sa logique et, comme précédemment, si l’on admet que le sens voulu ici par le Coran serait de frapper légèrement sa femme avec un siwâk alors une telle manœuvre aurait du être tenté initialement et non point lorsque la négociation et le refus de lit ont échoué ; que pourrait là un coup de brosse à dents sinon ridiculiser son propriétaire !



_________________________



Point 9 : Pourquoi ne pas avoir utilisé l’option joker, l’abrogation ? En effet, cela aurait permis de résoudre par élimination la contradiction entre ce verset et ceux prônant égalité, réciprocité, respect, entre les hommes et les femmes.


Le fait est remarquable ; il aurait pourtant suffit de déclarer que notre v34 abrogeait tous les versets « égalitaires », comme le « verset du sabre » abroge selon une majorité de ulémas plus de cinquante versets de paix et de tolérance. L’on aurait pu aussi proclamer l’inverse. L’on aurait pu aussi abroger ce verset par le suivant : “ Ô Croyants ! [...] ayez un comportement correct envers vos épouses. Il se peut que vous éprouviez de l’aversion envers elles alors qu’en réalité Dieu a placé un grand bien en cela.” S4.V19.


Ceci illustre parfaitement l’arbitraire de la fiction abrogative, nous l’avons largement démontré.i Mais ici, à l’évidence, si l’on n’a pas commis cela c’est bien que l’on voulait conserver la prérogative, l’avantage, que le Coran semblait conférer à la gent masculine, quitte à accepter de ne frapper que bas et pas trop violement.



_________________________



Point 10 : Selon notre traduction standard, l’homme n’aurait ce droit que pour « celles dont vous craignez la désobéissance… »

Le terme clef nuchûz, que certains ont aussi traduit sans guère de raison linguistique par infidélité, signifie tout autant désobéissance, rébellion, brutalité, animosité, indocilité, énervement, discorde, hostilité, offense, querelle.

L’indécision de ce champ lexical est problématique ; comment donner l’ordre de frapper une femme sans que l’on sache précisément en quel cas ?


Frapper pour rébellion ne relève pas de la même légitimité que frapper pour énervement ou querelle !


Une décision aussi grave que de frapper son épouse peut-elle s’accommoder d’un tel flou terminologique, ou la pédagogie divine serait-elle de mater la rébellion féminine par la force… ?



_________________________




Point 11 : En réalité, il n’existe aucun propos ou hadîth authentifié permettant de savoir comment frapper, à quelle intensité et en quelles limites, selon ce verset, les informations traditionnelles données sont purement spéculatives. De même, nous ne savons pas en quelles conditions cela nous serait rendu obligatoire, pour quelle nature de fautes commises ? Incertitude pour le moins problématique que l’on ait la main plus leste que l’esprit ou non.



_________________________




Point 12 : L’on aura observé que, a proprement lire, il ne s’agirait pas d’une autorisation donnée : « il vous est permis en certain cas de frapper les femmes »mais qu’en réalité, littéralement, le verbe est sans conteste à l’impératif, il s’agirait donc d’un ordre. En une stratégie à trois temps :

1- Sermon.
2- Eloignement conjugal (ou enferment dans la chambre selon certains). 3- En cas de résistance ordre est alors donné de la frapper.



Argument ultime, non négociable…




_________________________




Point 13 : Le verset 35 dit ceci : “ Et si vous craignez le désaccord entre les deux faites alors appel à un arbitre de la famille de l’époux et un de la famille de l’épouse. Si le couple souhaite au fond la réconciliation, Dieu rétablira l’entente entre eux…” S4.V35.


Ceci consiste en fait à la quatrième étape envisagée en cas de conflit dans le couple. Il nous faudrait donc admettre qu’il soit ordonné à l’étape 3 de frapper sa femme et qu’ensuite, si le désaccord persistait, que l’on fasse appel à une régulation extérieure.



Ou bien l’on considère que les coups sont un remède devant précéder la négociation, auquel cas il est plus logique de frapper fort pour calmer toute velléité, ou bien frapper doucement ne pourra qu’amener le désaccord et donc provoquer ce que l’on cherche à éviter. Dans les deux cas l’énoncé de v35 s’inscrit à faux.



_________________________



CONCLUSION


Nous aurons d’ors et déjà pu établir deux vols exégétiques essentiels :
« Les hommes assument les femmes » versus « les hommes ont autorité sur les femmes. » et « Les femmes vertueuses sont dévouées à Dieu » versus « les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari ».


Cette rectification, rigoureusement argumentée, permet de conserver la cohérence du Coran quant à l’égalité parfaite entre les hommes et les femmes et le respect total qui en découle. De même, elle invalide sérieusement la thèse de l’homme coraniquement autorisé à frapper les insoumises.



De plus, ce rapide survol des difficultés soulevées par la compréhension « classique » de notre verset met en évidence un réseau inextricable de contradictions de niveaux divers. En un premier temps, ceci nous permet de prendre conscience, voire en obtenir certitude, du fait que ce verset ne peut signifier conséquemment que les hommes aient reçu ordre de la part de Dieu de frapper leur épouse quand celle-ci s’oppose à eux.



Le Coran ne peut avoir défendu avec clarté et en maints versets l’égalité absolue et la réciprocité de traitement et de considération entre les hommes et les femmes et avoir d’un autre coté soutenu et cautionné un comportement totalement en opposition avec la noblesse de son propos principal.


Une analyse objective met donc en évidence les points de blocage et les limites rationnelles de la « lecture » “frappez-les” et doit nous interpeller logiquement. Il n’y a qu’une seule solution possible à cette équation à termes multiples : ce verset ne peut signifier cela, le Coran, d’une façon ou d’une autre, ne peut avoir ordonné de frapper les femmes en cas de conflit conjugal.


Ceci étant, et là réside la difficulté restante, le verbe daraba en un tel contexte ne semble pouvoir signifier que frapper. Nous verrons donc au prochain article, plaise à Dieu, quelles solutions rationnelles et sémantiques apporter afin de rétablir en ce verset et sur l’ensemble du propos coranique la cohérence rompue artificiellement par une lecture culturelle imprimée par les hommes au Coran et à leur propre bénéfice.

Nous avons précédemment et clairement montré que le Coran attestait explicitement de l’égalité plénière entre l’homme et la femme selon au moins sept niveaux que nous rappelons :


1- Egalité ontologique,
2- Egalité de valeur,
3- Egalité en la foi,
4- Egalité en religion,
5- Egalité spirituelle,
6- Egalité en la réciprocité,
7- Egalité en société

Si le Coran énonce que les hommes et les femmes sont intrinsèquement égaux, comment admettre et comprendre que certains autres versets puissent sembler en contradiction avec ce postulat essentiel ? A cet égard, la lecture de S4.V34 est “exemplaire”, nous en avions donné une première traduction standardisée :


“ Les hommes ont
« autorité » [qawwâmûna] sur les femmes, en raison des faveurs que Dieu accorde à ceux-là sur celles-ci, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont obéissantes « à leur mari » [qânitât], et protègent ce qui doit être protégé, pendant l’absence de leur époux, avec la protection de Dieu. Et quant à celles dont vous craignez la désobéissance [nushûz], exhortez-les, éloignez-vous d’elles dans leurs lits et « frappez-les » [wa-dribûhunna]. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne cherchez plus de voie contre elles, car Dieu est certes, Haut et Grand ! ” S4.V34.


Lecture classique, que l’on le veuille ou non, dont, nous l’avions souligné, ressort un triptyque solidement patriarcal :


Les hommes ont autorité sur les femmes.

Les femmes vertueuses sont celles qui obéissent à leur mari.

Si elles désobéissent, frappez-les.


Au volet 1 nous avons fourni des arguments précis démontrant, comme confirmant, que les deux premiers énoncés n’étaient que déviations littérales du texte coranique. Il n’ y avait donc aucune difficulté, à condition de vouloir l’entendre, à comprendre : « Les hommes assument les femmes » versus « les hommes ont autorité sur les femmes. » et « Les femmes vertueuses sont dévouées à Dieu » versus « les femmes vertueuses sont obéissantes à leur mari ».

Cependant, le dernier point de ce verset, un bref et sec impératif : « et frappez-les » , est plus délicat à aborder.


Ainsi, s’il ne peut y avoir de contradiction dans le Coran : “ Ne méditent-ils donc pas le Coran ? S’il avait été d’un autre que Dieu ils y trouveraient de nombreuses contradictions.” S4.V82 , et si le texte coranique est supposé être explicite :“ Nous avons fait de ce Livre explicite une lecture arabe afin que vous puissiez le comprendre.” S43.V2-3, comment à la lueur de son enseignement par ailleurs égalitaire et miséricordieux comprendre cet ordre « et frappez-les » ? Tel est l’enjeu exégétique.


Lors de la première analyse de notre verset nous avions fait une quinzaine d’observations qui, au final, mettaient en évidence quatre niveaux de contradiction :


Double contradiction coranique :

1- Contradiction interne au Coran : l’égalité et le respect prescrit entre les hommes et les femmes ne sont pas compatibles avec le fait de frapper son épouse.

2- Contradiction interne au v34 : dès lors que « l’autorité des hommes sur les femmes » et « l’obéissance des femmes à leurs maris »ne sont plus textuellement avérées le fait d’avoir un droit de frappe est indéfendable. De plus, il serait illogique à ce stade de l’échec des négociations (troisième étape indiquée par le Coran) de frapper, même délicatement, l’indocile. Inefficace et encore illogique puisque le Coran précise dans la foulée, v35, de craindre et d’éviter la séparation.
Double contradiction de la Sunna :


3- Contradiction Coran/Sunna. Le Prophète, le fait est unanimement admis, a en plusieurs hadîth authentifiés interdit de frapper les femmes.


4- Contradiction Sunna/Coran le Prophète n’a pas suivi la séquence révélée et lorsqu’il eut à résoudre une crise conjugale il se contenta de rester un mois durant à l’écart jusqu’à ce que le conflit s’apaise de lui-même.



_________________________




Quelles solutions :


1- La plus classique : l’injonction wa-dribûhunna signifie « et frappez-les » mais il nous faudrait comprendre qu’il ne s’agirait que de frapper gentiment avec son siwâk ou sa brosse à dent. Nous renvoyons à l’article précédent où nous avons donné les arguments contre cette hypothèse dont, au delà de la légèreté du propos, l’objectif semble avoir été bien plus de conserver un mâle droit que de rétablir la cohérence coranique.

2-
Il est possible de frapper son épouse en cas de désobéissance ou d’actes graves mais il est préférable dans tous les cas de s’en abstenir. L’on trouve cet avis par exemple chez ar-Râzî . Nous émettons les mêmes réserves qu’en supra.

En ces deux cas, reconnaître que Dieu ait au final conseillé à l’homme de frapper son épouse en cas de conflit laisse pour le moins songeur… Nous en avons donné les raisons, si tant est qu’il en faille…

3-
Il faut réellement prendre en compte les incohérences engendrées par ce type de lectures et sortir textuellement du non-sens constaté. Une solution dialectique et simple semble dénouer la problématique : D’une part, le verbe daraba en la locution « wa-dribûhunna » ne peut pas signifier en ce verset « et frappez-les ». D’autre part, il apparaît logiquement que parmi les différents sens possibles de la racine verbale daraba l’expression pourrait être ici : « éloignez-vous d’elles ».(3)

Nous aurions alors pour v34-35 , en cas de conflit conjugal, grave l’enchaînement suivant :

1- Exhortation au bien.
2- Abstention de rapports.
3- Séparation provisoire, éloignez-vous d’elles et non plus “frappez-les”.4- Appel à des conciliateurs (v35).



L’ensemble est pédagogiquement et textuellement cohérent, conforme aux énoncés d’égalité et de respect coranique, et correspond à ce qu’enseigna et mit en pratique le Prophète


Mais, l’on pourrait nous objecter qu’il ne s’agit là en réalité que d’un réseau présomptif puisque le verbe daraba est bien connu et que le sens proposé « éloignez-vous d’elles »voulu par cette approche rationnelle n’est pas a priori grammaticalement ou linguistiquement correct, ces analyses ne sauraient par conséquent apporter des arguments décisifs . En quelque sorte rien qui ne saurait briser le statu quo. Nous nous proposons donc d’approfondir la question afin d’apporter des éléments de réponse supplémentaires.





(suite =>)
Revenir en haut Aller en bas

(suite)





ANALYSE LINGUISTIQUE 1 Un rappel, « wa-dribûhunna » se décompose comme suit : wa = et, -dribû est l’impératif deuxième personne du pluriel du verbe daraba et hunna est le pronom « elles » représentant ici les épouses. Un des sens possibles de daraba est effectivement, « frapper » ce qui pour « wa-dribûhunna » se comprend bien alors « frappez-les ».

Cependant, l’on dénombre une quarantaine de sens dérivés pour cette racine verbale, le verbe daraba est un peu comme notre “faire” un verbe à tout faire.

Ainsi, l’emploi de ce qui est peut-être le premier degré, c’est-à-dire frapper, n’est-il pas l’usage le plus fréquent en langue arabe. De fait, le Coran emploie ce verbe une soixantaine de fois et, dans deux tiers des cas, en une formule coranique bien connue « daraba mathalan » , parfois curieusement et littéralement traduite par « frapper d’exemple », le sens étant sans conteste : « proposer une parabole ».

On note, de plus, dans le Coran, le recours à daraba avec le sens de annuler, humilier, rabattre, mais aussi de parcourir, quitter, séparer, s’éloigner. Enfin, à quatre reprises, daraba signifie frapper une personne, ex : S8.V12 .


2
Cette polysémie est en arabe en partie commandée, en dehors du contexte et des sens obligatoirement figurés, par l’usage de prépositions comme bi, fî, ‘alâ, ‘an, ilâ. Ainsi, « daraba ‘alâ yadihi », littéralement « il frappa sur sa main », signifie-t-il « il lui retira l’usage de ses biens ».

Point important, selon un lointain parallélisme avec la grammaire française, l’on parlera de verbe intransitif lorsque l’usage impose une de ces prépositions et de verbe transitif lorsqu’il s’en dispense.

Or, daraba, pour pouvoir indiquer une idée de mouvement a généralement besoin de ces prépositions, par exemple : daraba ilâ, il s’élança, daraba fî, il parcouru, et daraba ‘an, il s’éloigna.

Donc, en arabe classique, wa-dribûhunna [ وآ ضر بوهن], sans préposition, état transitif, se comprend dans le contexte de ce verset « frappez-les » et pour obtenir le sens proposé « éloignez-vous d’elles » il faudrait dire [ وآضربوا عنهن ] wa-dribû ‘an-hunna en usant de la préposition ‘an, état intransitif. Ceci semblerait donc invalider notre hypothèse.


3
En réalité, il n’y a pas de verbes transitifs qui ne puissent être intransitifs et inversement, le fait est bien connu des grammairiens. En voici un exemple coranique, toujours avec le verbe daraba. Il s’agit d’un véritable hapax : en S18.V11 nous notons l’emploi intransitif du verbe daraba signifiant frapper, usage normalement transitif.

On y lit : « darabnâ ‘alâ âdhânihim » ce qui se traduit mot à mot : « Nous frappâmes sur leurs oreilles » action qui normalement, en arabe, se dit : « darabnâ âdhânahum » sans le recours à la préposition ‘alâ, « sur ». Les encyclopédies de la langue arabe donnent le sens de cette « curiosité » à partir d’un autre hapax, un unique hadîth où cette curieuse formule est prise pour une métonymie indiquant le sommeil, nawm. Malgré tout, l’expression n’étant ni grammaticalement normale ni vraiment normalisée, les commentateurs du Coran et les traducteurs ont en fonction de l’idée suggérée dans ce passage de sourate « al kahf » fait plusieurs propositions : « Nous avons assourdi leurs oreilles », ou « Nous fîmes le silence à leurs oreilles », « Nous les avons abasourdis », ou encore “Nous les plongeâmes dans un sommeil profond » . Le fait ici d’avoir employé la préposition ‘alâ, là où l’on ne l’attendait pas, a induit une compréhension différente de celle liée à l’usage normal du verbe daraba.


4
Seul l’usage détermine la prépondérance de tel ou tel état du verbe. Les règles que nous considérons par convention intangibles ne l’ont pas toujours été et l’usage transitif d’un verbe intransitif est possible en langue arabe préclassique où la régularité n’est pas de mise. L’arabe n’a jamais été une langue figée pour l’éternité ; elle a un passé, le Coran en témoigne, et un avenir, le présent l’atteste d’ors et déjà. Les critères académiques de la langue arabe ont été déterminés seulement à partir du IIe siècle de l’Hégire et il fut fait un grand effort de régularisation d’une réalité linguistique bien plus complexe et instable. Cette systématisation a abouti à la fort heureuse fixation de la langue arabe, dite par convention arabe classique. Cependant, il faut le répéter, l’arabe coranique, même s’il servit incontestablement de référent, ne peut être superposé à la langue arabe classique. Les “anomalies” grammaticales du Coran, c’est-à-dire les particularités antérieures à la normalisation, se comptent par centaines et de nombreux ouvrages sont consacrés à ces singularités coraniques.

Dans le cas qui nous intéresse, l’emploi de wa-dribûhunna (état transitif) au lieu de l’état intransitif normalisé wa-dribû ‘an-hunna n’est donc pas une impossibilité linguistique.
L’on pourrait, qui plus est, faire observer qu’en wa-dribûhunna l’absence de la préposition ‘an, dite préposition d’éloignement ou de séparation, permet d’indiquer à « l’oreille sémite » que l’éloignement préconisé se doit d’être moindre. Comme s’il ne devait pas y avoir de cassure, seulement une position de retrait momentané émanant dans ce cas précis de l’homme par rapport à son épouse. Tel est bien ce que fît le Prophète, nous l’avons indiqué.


5 Nous avions montré que l’égalité homme/femme dans le Coran impliquait l’équité, la réciprocité, et la complémentarité, il nous en est offert ici un exemple. Le Coran n’envisage pas que le cas de “l’épouse indocile” mais aussi, en la même sourate, la situation inverse où l’homme est impliqué selon les mêmes perspectives : “ Si une femme craint de son mari infidélité [nushûz] ou qu’il s’éloigne [i‘râd] ; il ne leur sera pas alors fait grief de rechercher la conciliation. La réconciliation est ce qui est préférable car les âmes sont portées à l’avidité…” S4.V128.

Ce verset est bien l’équivalent des v34-35 mais cette fois c’est le comportement du mari qui est fautif. L’on y retrouve la même cause un « nushûz » et, comme en résumé, la notion d’éloignement suivie de la préférence à donner à la conciliation. Ainsi le terme i‘rad apparaît-il ici être le symétrique ou le correspondant de l’action indiquée en fin de v34 par wa-dribûhunna avec incontestablement alors le sens de éloignez-vous d’elles. En effet, Le mot i‘rad signifie délaissement, le fait de se détourner, éloignement , ce qui est très proche de l’idée exprimée par l’usage de wa-dribûhunna sans la préposition de séparation ‘an comme nous l’avions ci-dessus fait observer.


6
A propos du terme nushûz, que nous avions traduit jusqu’à présent par désobéissance, nous signalerons la rigueur et la précision coranique, ici au profit de l’égalitarisme et, indirectement, comme preuve quasi inconsciente du machisme ambiant. En effet, le mot nushûz n’apparaît dans le Coran qu’en ces deux seuls versets, v34 et v128 . La symétrie est remarquable et l’on s’attendrait à ce que le nushûz des unes soit celui des uns. Or, une rapide revue des principales traductions met en évidence un net déséquilibre. Pour le nushûz attribué à la femme au v34 et le nushûz attribué à l’homme au v128 l’on note respectivement selon les traducteurs les couples suivants : infidélité/abandon ; désobéissance/abandon ; insubordination/ hostilité ; insoumission/désaffection ; indocilité/rudesse ; rébellion/dureté ; inconduite/hostilité ; malversation/maltraitement, etc. Nous laisserons tout un chacun et chacune juge du différentiel.

Nous ajouterons que les dictionnaires, écrits par les hommes, se font eux aussi témoins de ce « partage des rôles », mais nous aurons compris que le Coran utilisant ce terme uniquement en ces deux versets symétriques conférait à nushûz un seul et même sens . Plus prosaïquement, la diversité de ces propositions de traduction met en évidence la difficulté à rendre en français ce mot dont la racine nashaza évoque le fait de se dresser, s’ériger, se soulever. C’est donc malgré tout par défaut que nous traduirons nushûz par hostilité : « celles dont vous craignez hostilité [nushûz] » v34 et « Si une femme craint de son mari hostilité [nushûz] » v128.

Enfin, nous ajouterons que nushûz, outre un sens vague, est en ces deux versets employé au cas indéterminé nushûzan. Cette imprécision coranique semble voulue car il ne s’agissait pas là de délivrer une recette à appliquer pour un cas bien déterminé. Bien au contraire, ces versets indiquent seulement une ligne de conduite à suivre pour tenter de résoudre des conflits, sans autres précisions ; et Dieu seul sait que pour tout couple ils sont d’ordres divers, de l’anodin à l’intolérable.




En résumé :

L’analyse littérale avait mis en évidence qu’un texte en apparence explicite, S4.V34 , soulevait de nombreux problèmes de cohérence, nous les avons listés précédemment.



Les quelques réflexions linguistiques que nous venons de suivre laissent apparaître qu’une situation sémantique qui semblait univoque n’était pas s’en laisser des espaces de sens pouvant être utilisés pour rectifier le sens du verset vers plus de cohérence et de cohésion coranique.



Bien plus, rien n’interdit de comprendre que cette possibilité était première mais qu’elle a été oblitérée par une projection de sens initial considéré de facto comme classique.





CONCLUSION


Il découle de ce qui précède que rien n’interdit en un usage possible de la langue arabe coranique tout comme en fonction du contexte de l’ensemble concerné de comprendre et traduire le syntagme wa-dribûhunna par : « éloignez-vous d’elles » et non pas : « frappez-les ».

On peut donc lire ainsi ce passage :


“ Les hommes assument [qawwâmûna] les femmes […] Les femmes vertueuses [qânitât] sont dévouées à Dieu [...] Quant à celles dont vous craignez l’hostilité [nushûz], exhortez-les, puis faites lit à part et, enfin, éloignez-vous d’elles [wa-dribûhunna] […] Et si vous craignez le désaccord entre les deux faites alors appel à un arbitre de la famille de l’époux et un de la famille de l’épouse. Si le couple souhaite au fond la réconciliation, Dieu rétablira l’entente entre eux…” S4.V34-35.






Ce verset se lit avec son symétrique et complément :


“ Si une femme craint de son mari hostilité [nushûz] ou qu’il s’éloigne ; il ne leur sera pas alors fait grief de rechercher la conciliation. La réconciliation est ce qui est préférable car les âmes sont portées à l’avidité…” S4.V128.


L’ensemble est à présent cohérent, il ne contredit pas les principes d’égalité, de réciprocité, d’équité, de respect, par ailleurs édictés par le Coran. De même, il confirme et renforce les paroles comme les actes du Prophète en la matière. La proposition coranique ne dépend plus d’une vison ethnocentrique et devient rationnellement acceptable. Ce que la compréhension traditionnelle avait rompu est ainsi rétabli.


Par l’étude de ce verset, chacun aura pu se rendre compte que la lecture d’un texte, est largement dépendante des préjugés qui nous animent. Etre détenteur d’un texte sacré, en lui-même porteur d’une vérité absolue, ne garantit pas en soi aux hommes de détenir cette vérité. Nous possédons certes le Texte mais tout texte n’est qu’une série de mots. En réalité, le crédit d’une telle référence est fonction du niveau de valeur morale et de rigueur intellectuelle de ceux qui le lisent, y exercent leur compréhension et par suite le mettent en application. Tout lecteur est potentiellement interprétateur mais il doit être conscient de cette différence qualitative afin de lutter contre sa propre tendance herméneutique. Ainsi, et seulement ainsi, pourra-t-il faire en sorte que sa participation soit ouverture intellectuelle.


Nous n’aurons de cesse de militer pour une rupture du cercle herméneutique, notre méthodologie d’analyse littérale vise uniquement à cela, c’est-à-dire tenter d’approcher le texte révélé en court-circuitant nos préjugés de lecteurs. Nous savons pertinemment que fronts d’oppositions, conservatismes comme modernismes, pourront nous reprocher en retour d’être pire encore que l’interprétateur. Nous avons pour nous les arguments tangibles que notre approche épistémologique produit et que nous soumettons à l’observation et au jugement du lecteur. A vrai dire, aussi, les actes ne valent que par l’intention, et Dieu seul connaît les nôtres.


Face à quatorze siècles d’histoire exégétique du Coran que valent quelques voix qui en ces temps tentent de se faire entendre. Nous n’aurons donc pas la prétention ni la folie de vouloir effondrer l’ordre établi par les hommes sur la « Parole de Dieu », tout au plus aurons-nous osé rompre le silence et proposer à ceux qui veulent l’entendre un autre écho du Livre.


Le Coran, quant à lui, est porteur d’un message de paix, de tolérance, et d’amour, mais il n’est pas sûr que les hommes soient tous prêts à défendre ce même idéal. Ce modèle nous est ici proposé en faveur du couple ; noble appel à la mise en œuvre de ce triptyque d’où découlent respect, protection mutuelle, patience, dignité.


Concernant cette étude, nous avions donné en « Que dit vraiment le Coran » cette conclusion : « Conformément à ce message coranique, le Prophète Muhammad a inlassablement exhorté les hommes à se débarrasser de leurs préjugés sexistes et à ce que, pour Dieu, ils s’amendent et se réforment afin de créer, hommes et femmes, croyants et croyantes, une société idéale sans haine et sans ségrégation. »



Lorsque l’on demanda à Aïsha quel était le comportement du Prophète, elle répondit : « Son comportement était le Coran. »













http://www.aslama.com/forums/showthread.php/35131-PEUT-ON-FRAPPER-FEMME?
Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut Aller en bas
 
Page 1 sur 1

Créer un forum | © phpBB | Forum gratuit d'entraide | Contact | Signaler un abus | Forum gratuit