L’Imâm Abû Hanîfah
Un Géant du FiqhNous présentons succintement le noble Imâm, célèbre sous le nom "Al-Imâm Al-A`
dham" (le plus grand Imâm), Abû
Hanîfah, qu’Allâh l’agrée, l’un des quatre pôles de la jurisprudence.
Introduction
Mosquée de l’Imâm Abû
Hanîfah
Le noble compagnon du Prophète, paix et bénédiction d’Allâh sur lui, `Abd Allâh Ibn Mas`ûd s’installa dans la ville de Kufa après sa construction sous le Califat de notre maître `Omar Ibn Al-Kha
ttâb, qu’Allâh l’agrée, en l’an 17 A.H. Il était qu’Allâh l’agrée un vaste océan de science.
Il enseigna aux gens la religion et la compréhension de la loi islamique. Notre maître `Abd Allâh Ibn Mas`ud fut grandement influencé par la méthodologie de notre maître`Omar Ibn Al-Kha
ttâb dans la recherche, la déduction subtile des lois, l’Ijtihâd par l’opinion dans l’absence d’un texte du Coran et la Sunnah, avec une grande rigueur dans l’authentification du Hadîth.
Parmi les plus remarquables des disciples d’Ibn Mas`ud, qu’Allah l’agrée, nous pouvons citer des juristes brillants comme `Ubaydah Ibn Qays As-Salmâni, `Alqama Ibn Qays An-Nakha`î au sujet duquel son sheikh, Ibn Mas`ud dit : " je ne connais une chose sans que `Alqamah la connaisse ".
De même nous pouvons citer Shuray
h Al-Kindi qui présida la Justice à Kufa sous le Califat de `Omar, et occupa cette fonction pendant 62 ans.
Une génération qui n’a pas connu Ibn Mas`ud, leur succéda. Ils se sont dévoués pour porter le dépôt de la science et l’honorer en apprenant des compagnons d’Ibn Mas`ud et ses disciples. Parmi les personnes les plus saillantes dans cette génération nous comptons Ibrâhîm Ibn Yazîd An-Nakha`î, l’illustre juriste de l’Iraq, également très savant en matière du Hadîth.
Ibrâhîm An-Nakha`î eut de nombreux disciples dont
Hammâd Ibn Sulaymân qui lui succéda dans son cercle de science. Ce dernier était un Imâm Mujtahid, enseignant la jurisprudence dans un vaste cercle de science où s’agenouillait l’Imâm Abû
Hanîfah An-Nu`mân. L’Imâm Abû
Hanîfah surpassa ses collègues et son étoile brilla du vivant de son sheikh. Il lui succéda à la tête de l’enseignement du Fiqh et dirigea l’école de l’opinion. De nombreux étudiants et disciples l’ont entoure, parmi eux, se distinguèrent des gens aussi doues et dévoues que Abû Yûsuf, Mu
hammad et Zufar, qui ont œuvré pour la formalisation de l’école juridique hanafite.
Sa naissance et sa jeunesseLa ville de Kûfa accueillit la naissance d’An-Nu`mân Ibn Thâbit Ibn An-Nu`mân, connu par Abû
Hanîfah, en 80 A.H. (699 E.C.). À cette époque, Kûfa était un foyer de science, riche en cercle d’enseignement de Fiqh (jurisprudence), Hadîth, lectionnaires et langues. Les mosquées étaient alors pleines d’Imâms entourés de disciples et étudiants assoiffés de science et d’étude. C’est là que l’Imâm Abû
Hanîfah a passé la majeure partie de sa vie, d’abord pour apprendre, puis pour répandre la science.
Depuis sa plus tendre enfance, après avoir mémorisé le Noble Coran, il partait s’agenouiller dans ces cercles de sciences. Toutefois, il était préoccupé par le commerce avec son père. Mais lorsque le juriste `Âmir Ash-Sha`bî vit en lui les signes de l’intelligence et la vivacité de l’esprit, il lui recommanda d’assister aux assemblées des savants et de se dépenser dans l’étude. Le jeune Imâm Abû
Hanîfah donna une suite favorable à ce conseil et dirigea ses efforts et son énergie vers les cercles de science.
Il rapporta le Hadîth, étudia la langue et la littérature, se versa dans la science du Kalâm où son astre brilla au point de débattre avec les apôtres des différentes sectes et de réfuter de fausses croyances en matière de Credo. Puis, il se dirigea vers le Fiqh et accompagna
Hammâd Ibn Abî Sulaymân pendant dix-huit ans.
Ses maîtresL’Imâm Abû
Hanîfah accomplissait le pèlerinage fréquemment ; on dit qu’il fit 55 pèlerinages. Ces voyages répétitifs vers les lieux saints lui permirent de rencontrer de grands juristes et mémorisateurs du Hadîth (Huffâdh) et de puiser dans leur savoir.
Parmi les Successeurs (tabi`îne) qu’il rencontra citons `Âmir Ash-Sha`bî (m. 103 A.H., 721 E.C.), `Ikrimah mawlâ Ibn `Ibbâs (m. 105 A.H., 723 E.C.), Nâfi` mawlâ Ibn `Omar (m. 117 A.H., 735 E.C.), Zayd Ibn `Alî Zayn Al-`Âbidîn (m. 122 A.H., 740 E.C.). Certains historiens comptent 4 mille sheikhs pour Abû
Hanîfah, et selon certains récits, il aurait connu certains rares compagnons qui auraient vécu jusqu’à la fin du premier siècle hégirien, ce qui élèverait le rang de l’Imâm à celui de Successeur.
Toutefois, si cela est vrai, il n’avait pas alors l’âge de recevoir une quelconque science d’eux, et il est connu qu’il était préoccupé au début par le commerce.
La direction du cercle de FiqhAprès la mort de son sheikh,
Hammâd Ibn Abî Sulaymân, la direction du cercle de Fiqh finit entre les mains de l’Imâm Abû
Hanîfah qui était alors un quadragénaire. Les étudiants l’ont alors entouré pour puiser dans sa science abondante et son Fiqh. Il avait une approche d’enseignement toute originale.
Face à une question juridique, il ne donnait pas la réponse directement, il exposait la question à ses disciples pour que chacun propose une solution argumentée. Puis, l’Imâm commentait les propos de ses élèves, en rectifiant ce qui mérite de l’être, puis au terme de cette discussion sondant les facettes du problème et les pistes de réponse, le professeur pédagogue et ses élèves arrivaient à une solution juridique.
L’Imâm Abû
Hanîfah entourait ses élèves de ses soins. Il dépensa même de son argent pour ses élèves, notamment son fidèle disciple Abû Yûsuf pour lui faciliter la recherche de science et lui épargner des difficultés financières qui constituaient un frein dans ses études. Abû Yûsuf (m. 182 A.H., 797 E.C.) dit : " Il me supporta financièrement ainsi que mes enfants pendant vingt ans.
Et si je lui dis : je n’ai vu plus généreux que toi, il me répondait : qu’aurais-tu dit si tu avais vu
Hammâd (i.e. le sheikh de Abû
Hanîfah), je n’ai vu d’homme réunissant les nobles qualités comme lui ".
Il gagnait sa vie par le commerce. Il avait à Kûfa un commerce de soie, géré par son partenaire. Cela lui permit de gagner sa vie honorablement et de se consacrer à la science et l’enseignement.
Les fondements de son écoleLa naissance de l’école juridique de l’Imâm Abû
Hanîfah marqua l’avénement de l’école de l’opinion. Les fondements du madhab (école juridique) se sont établis de son vivant.
Il les synthétisa en disant : " Je prends le Livre d’Allâh lorsqu’il contient la réponse, sinon, je prends la Sunnah du messager d’Allâh, paix et bénédiction d’Allâh sur lui, si je ne trouve pas dans la Sunnah, je prends l’opinion de ceux que je veux parmi ces compagnons, et je laisse celles de qui je veux, je ne laisse leur opinion au profit de celle d’autres personnes, et lorsque l’on en vient à l’opinion d’Ibrâhîm, Ash-Sha`bî, Al-Huss, Ibn Sîrîn ou Sa`îd Ibn Al-Musayyab, alors je recours à l’Ijtihâd comme ils l’ont fait".
En cela, l’Imâm Abû
Hanîfah s’accorde avec tous les juristes et Imâms du Fiqh sur le devoir de recourir au Coran et la Sunnah pour puiser les jugements légaux. Mais l’Imâm Abû
Hanîfah s’est distingué par son Ijtihâd et sa méthode de déduction des jugements légaux, qui consiste à ne pas en rester à l’apparence, mais plutôt de plonger dans les profondeurs du sens des textes, leurs buts et finalités.
Le fait que le noble Imâm soit connu pour le recours fréquent à l’opinion et l’analogie ne signifie aucunement qu’il délaissait les narrations et les traditions du Prophète, ou que sa marchandise en science du Hadith était peu de chose.
La vérité est que l’Imâm Abû
Hanîfah avait des critères stricts d’acceptation des narrations, traduisant un grand souci d’authentification.
C’est cette stricte rigueur que s’est imposé l’imâm Abû
Hanîfah qui fit qu’il a exploré en profondeur ce qui, selon ses critères, était authentique et qu’il recourra à l’analogie dans la nécessité en se référant à la base authentique qu’il a agrée.
Le génie de l’Imâm se manifesta dans les questions qui lui ont été posées, mais l’Imâm déploya sa science et son intelligence en supposant des hypothèses, en imaginant des cas de figures qui ne s’étaient pas produits, puis il les étudiait en profondeur et exposait les jugements légaux relatifs. On appelle cela " Al-Fiqh At-Taqdîrî ", le Fiqh Hypothétique, et l’on dit qu’Abû
Hanîfah en est le pionnier. Il a été rapporté que l’Imâm a posé soixante milles questions juridiques de ce type.
Ses disciplesNous ne connaissons pas de livre de Fiqh écrit par la plume de l’Imâm Abû
Hanîfah. Cela n’est pas en contradiction avec le fait qu’il dictait à ses disciples et élèves des opinions juridiques et des verdicts.
Contrairement aux écoles juridiques d’autres grands Imâms contemporains à Abû
Hanîfah, l’école de l’Imâm ne s’est pas éteinte. Dieu a mis au service de cet Imâm de nombreux disciples, brillants et fidèles, qui ont conservé précieusement et inscrit les opinions juridico-légales de leur sheikh. Parmi les plus célèbres de ces disciples, citons :
- Abû Yûsuf Ya`qûb Ibn Ibrâhîm, décédé en 183 A.H. soit 799 E.C. Il est considéré comme le premier à composer des ouvrages de l’école juridique hanafite. Certains de ses écrits nous sont parvenus comme Al-Âthâr, où il rapporte un Musnad de l’Imâm Abû Hanîfah compilant des hadîths sur lesquels l’Imâm s’est appuyé dans certaines de ses fatwas. Nous citons aussi le livre La divergence entre Abû Hanîfah et Ibn Abî Laylâ, où Abû Yûsuf rassembla certaines questions juridiques au sujet desquelles l’Imâm Abû Hanîfah divergea avec le célèbre juriste de Kûfa, Ibn Abî Laylâ. Dans ce livre, se tisse en filigrane une image des débats scientifiques très pointus et très riches entre les savants de cette époque et Abû Yûsuf a pris le soin de réunir les arguments des différents juristes qui ont divergé, même si, très souvent, il retient l’opinion de son sheikh, l’Imâm Abû Hanîfah. Il est également l’auteur du célèbre Al-Kharâdj (Les Impôts), qu’il écrivit à la demande du Calife Ar-Rashîd. Les postes qu’il a occupés dans la Justice lui ont permis de répandre l’école hanafite. En effet, il travailla dans la justice sous le Calife Abbaside Al-Mahdî, puis il occupa, pour la première fois de l’Histoire islamique, le poste de Grand Juge, sous le califat de Hârûn Ar-Rashîd.
- Muhammad Ibn Al-Hasan Ash-Shaybânî, décédé en 185 A.H., soit 805 E.C. Il a probablement joué le plus grand rôle dans la consignation des opinions de l’école hanafite. Il fut le disciple de l’Imâm Abû Hanîfah pendant une courte période, puis poursuivit ses études auprès de Abû Yûsuf. Il apprit aussi la science auprès d’Al-Awzâ`î et Ath-Thawrî. Il voyagea à Médine et apprit de l’Imâm Mâlik, que Dieu l’agrée, le Fiqh du Hadîth et de la Narration.
L’inscription du Madhhab ou Ecole JuridiqueLes livres de Mu
hammad Ibn Al-Hasan Ash-Shaybânî ne nous sont parvenus entièrement. Certains de ses livres comme Al-Mabsût, Az-Ziyâdât, Al-Jâmi` As-Saghîr, Al-Jâmi` Al-Kabîr sont qualifiés par les savants " Kutub Dhâhir Ar-Riwâyah ", en ce sens qu’ils ont été rapportés par des hommes de confiance et fiables parmi ses élèves ; ils lui sont attribués donc par une large base de transmission.
Abû Al-Fadl Al-Marûzî, célèbre sous le nom Al-Hâkim Ash-Shahîd (m. 344 A.H. soit 955 E.C.), a réuni ces livres (Kutub Dhâhir Ar-Riwâyah), après omission des répétitions, dans un ouvrage intitulé Al-Kâfî qui fut commenté et expliqué par Shams Al-A’immah As-Sarkhasî (m. 489 A.H. soit 1090 E.C.) dans Al-Mabsût (l’Etendu). Al-Mabsût, ouvrage encyclopédique imprimé en trente volumes, est compté parmi les livres les plus importants de l’école hanafite, réunissant les paroles des Imâms de cette école, les fondements liés aux questions juridiques, les preuves employées et la nature de l’analogie.
Propagation du MadhhabLe Madhab (école juridique) de l’Imâm Abû
Hanîfah, que Dieu l’agrée, se répandit dans les terres islamiques notamment avec le rôle clef de Abû Yûsuf, occupant le poste de Grand Juge de la dynastie abbaside. Il devint le madhab officiel de cette dynastie, ainsi que le madhab des seldjoukides et de l’Empire Ottoman.
Cette école juridique, l’une des quatre écoles juridiques sunnites prévalantes, est répandue dans la plupart des terres islamiques, avec une présence dominante en Haute-Egypte (alors que la moitié Nord est chaféite), des régions de Syrie et d’Iraq, au Pakistan, en Inde et en Chine.
Mort de l’Imâm Abû HanîfahDieu a accordé à l’Imâm Abû
Hanîfah une longue vie, pleine de piété et de science. Il lui a aussi accordé des disciples brillants qui ont appris son Fiqh et ont répandu son école juridique, comme Abû Yûsuf, Mu
hammad Ibn Al-Hasan, Zufar, Al-Hasan Ibn Ziyâd...
Ses contemporains ont témoigné de ses mérites, sa généreuse science, son excellence en Fiqh si bien qu’An-Nadir Ibn Shumayl dit : " Les gens étaient endormis, négligeant le Fiqh, jusqu’à ce qu’Abû
Hanîfah les réveilla par ce qu’il a expliqué et exposé". Il nous suffit le témoignage plein d’admiration et de respect que fit notre Imâm Ash-Shâfi`î, le soleil des juristes, au sujet de l’Imâm Abû
Hanîfah : "En Fiqh, les gens sont des enfants par rapport Abû
Hanîfah". Il fut un Imâm plein de scrupule, un emblème de la piété, un noble savant au cœur plein de crainte de Dieu, comme en témoignent tous les livres de biographies islamiques.
Nous retiendrons enfin ce mot synthétique et ô combien pertinent de l’ascète, le dévot, Al-Qâdî `Iyâd : "Abû
Hanîfah fut un juriste, connu en jurisprudence, célèbre pour son scrupule, aisé, bienfaisant envers autrui, patient dans l’enseignement de la science de jour comme de nuit, il observait souvent le silence, parlait peu, jusqu’à ce qu’une question traitant du licite ou de l’illicite survienne...".
L’Imâm Abû
Hanîfah remplit la terre de science dans sa vie bénie et retourna à Dieu le 11 Jumâdah Al-Ûlâ 150 A.H., soit le 14/06/767.

Tombe de l’Imâm Abû
Hanîfah
Qu’Allâh déverse Sa Miséricorde sur sa tombe, sur celles des Imâms Mâlik, Ash-Shâfi`î et Ahmad Ibn Hanbal, ainsi que leurs semblables et tous les musulmans.
P.-S.References biographiques : Islamonline.net et Abû
Hanîfah,
Hayatuhu wa `A
sruh (Abû
Hanîfah, sa vie et son époque) de Sheikh Mo
hammad Abû Zahrah.

http://www.islamophile.org/spip/L-Imam-Abu-Hanifah.html