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Sheykh al-Habib Ahmad Mashhuûr al-Haddad

Chapitre 29 de son livre "Miftah al-Jennah"



Mise en garde contre l'accusation d'incroyance portée avec désinvolture :

Sache que le devoir d'enjoindre à faire le bien et d'interdire le mal doit être assumé avec sagesse et par une exhortation courtoise.

S'il faut entamer un débat avec quelqu'un, cela doit être fait de la meilleure façon possible.

Allah dit :


Par la sagesse et la bonne exhortation appelle les gens au sentier de ton Seigneur. Et discute avec eux de la meilleure façon
(16 : 125)

Cela a plus de chance de mener à l'acceptation et à la réussite. Faire autrement serait une erreur et une bêtise.

Supposons que tu voies un musulman prier, remplir ses obligations envers Allah, éviter ce qu'Il a interdit, diffuser Son message et construire Ses
mosquées et Ses écoles, et que tu veuilles l'inviter à faire quelque chose que tu penses correct et que tu constates qu'il pense différemment, alors que cette question particulière a été depuis longtemps un sujet de controverse entre les savants, certains affirmant la validité d'un certains point de vue alors que d'autres la refusent, et qu'il refuse de suivre ton conseil. Si alors tu l'accuses d'incroyance uniquement parce que son opinion est différente de la tienne, tu te rends coupable d'un crime monstrueux et d'une déviance grave qu'Allah a interdits, car Il t'a ordonné d'avoir recours à la sagesse et à la bienveillance.

C'est un consensus ('ijmâ) au sein de la nation de considérer qu'il est interdit d'accuser d'incroyance quelqu'un qui reconnait la qiblâ, sauf s'il nie Allah l'Omnipotent, Majestueux et Exalté soit-il, commet l'idolâtrie de façon flagrante, sans interprétation possible, nie la prophétie, rejette ce qui est connucomme étant un élément indispensable de la religion, ou qui a été transmis par des chaînes de transmission nombreuses (tawâtur) ou la connaissance indispensable confirmée par le consensus de la nation.

Quiconque rejette une chose connue comme étant un élément indispensable de la religion, comme le tawhid, le prophétie, le statut de Sceau des prophètes de Muhammad , la résurrection au Jour Dernier, la récompense et le châtiment, ou le jardin et le feu, est un incroyant.

Aucun musulman ne peut invoquer son ignorance de ces choses comme excuse, sauf s'il vient d'entrer récemment dans l'islam, auquel cas il est excusable jusqu'à ce qu'il les ait apprises.

Le tawatûr est la transmission d'informations par un grand nombre de gens connus avec certitude comme incapables de conspirer ensemble pour concevoir un mensonge, qu'ils auraient à leur tour transmis à un groupe semblable à eux-même. Il peut s'agir de la chaîne de transmission (îsnad) comme par exemple dans le cas du hadith dans lequel le Prophète dit :

Quiconque ment délibérément à mon sujet doit se préparer à occuper sa place dans le feu. Ce hadith est rapporté par plus de 75 compagnons, et répertoriés par Bukhari, Muslim, Tirmidhi, Ibn Mâja, Nasâ'i, Ahmad, Bayhaqî, Tabarâni, Bazzâr et Abû Ya'lâ.

La transmission peut se faire autrement, en relation avec une génération entière, comme ce fut le cas de la transmission du Coran, qui fut transmis par des générations entières, qui l'étudiaient, le mémorisaient, le récitaient et l'enseignaient sur toute la terre, de l'Orient à L'Occident, si bien que chacun le recevait de quelqu'un d'autre ; il n'avait donc pas besoin de chaîne de transmission.

Il peut aussi s'agir de la transmission de masse d'une action, telles que les actions connues de la période prophétique dont la connaissance est venue jusqu'à nous. La transmission d'information peut aussi prendre la forme que prend par exemple la transmission des miracles, dont les circonstances sont transmises par des chaînes simples, mais dont l'ensemble se transmet par tawâtur, au point de constituer une connaissance certaine pour chaque musulman.

Juger qu'un musulman est un incroyant, dans des conditions autres que celles que nous avons évoquées plus haut, est dangereux. Il existe un hadith qui affirme :

" Si un homme dit à son frère : 'Tu es un incroyant !' alors l'un des deux mérite le qualificatif." Rapporté par Bukhâri (6045,6103), Muslim (60,61).

Un tel jugement ne peut être porté que par celui qui, à la lumière de la shari'ah, est capable de discerner les tenants et les aboutissements de l'incroyance et de percevoir clairement les frontières établies par la shari'ah pour distinguer foi et incroyance. Il n'est pas permis à quelqu'un de porter une accusation à ce sujet et de déclarer des gens en dehors de l'islam sur la base de sa propre imagination et de conjectures, sans chercher des preuves et acquérir une certitude fermement établie, et en l'absence d'une connaissance solide. Sinon, une grande confusion va s'ensuivre, et il ne resterait que très peu de musulmans sur la surface de la terre.

Il n'est pas non plus permis d'accuser des pécheurs d'incroyance aussi longtemps qu'ils ont la foi et prononcent les deux témoignages.

Anas rapporte dans un hadith que le Prophète a dit :

Il y a trois choses à la racine de la foi : d'abord s'abstenir de porter préjudice à quiconque dit lâ ilâha illa'llâh, de l'accuser d'incroyance à cause d'un péché, et de l'expulser hors de l'islam à cause de ses actes. Ensuite la poursuite de jihâd, depuis le jour où Allah m'a envoyé jusqu'au jour où le dernier qui restera de ma nation combattra le Dajjaâl, jihâd que ni la tyrannie des tyrans ni la justice des justes n'interrompront. Enfin, la croyance en le destin. Rapporté par Abû Dawûd (2532)


L'imâm al-Haramayn al-Juwayni avait coutume de dire :

Si on nous demandait de définir quelles expressions doivent être évaluées comme étant de l'incroyance, et lesquelles ne doivent pas l'être, nous dirions qu'on ne peut y parvenir, car c'est un but lointain qu'on ne peut atteindre que par une route difficile, déduite des fondements même du tawhid. Quiconque n'a pas complètement assimilé les limites ultimes des réalités est incapable de constituer les preuves nécessaires à un verdict d'incroyance inébranlable.

C'est pour cette raison que nous mettons les gens en garde contre le fait de porter à la légère une accusation d'incroyance, en toutes circonstances autres que celles précisées ci-dessus, car c'est un sujet d'une extrême gravité.

Allah guide sur le chemin droit, et c'est vers Lui que nous voyageons.

Miftah el Jennah - La clé du Paradis
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La gravité de l'accusation de mécréance

par le Chaykh `Abdou-llâh Ibnou Biyyah
Livre : Faut-il déclarer mécréants ceux qui ne jugent pas selon ce que Dieu a révélé ?


Les textes montrent qu'une telle accusation ne doit pas être prononcée à la légère. Allâh dit :



Ne dites pas à celui qui vous adresse le salut : "Tu n'es pas croyant", dans le but inavoué de lui prendre ses biens.
[Soûratou n-Nisâ'/ 94]




Parmi les 'ahâdîth authentiques interdisant de telles accusations et exprimant une sévère mise en garde, citons par exemple ces deux hadîth rapportés par al-Boukhârî et 'Ahmad :


"[...] Traiter un croyant de mécréant, c'est comme le tuer." [Al-Boukhârî (5587), 'Ahmad (15790)]



"Si un homme traite son frère de mécréant, cela s'appliquera à l'un des deux." [Al-Boukhârî (5639), Mouslim (92)...]


Les 'ahâdîth soulignant la gravité d'une telle accusation sont nombreux, en effet, devenir mécréant entraine des conséquences graves puisque la vie et les biens de l'apostat cessent d'être sacrés, son mariage est invalidé, il est exclu de l'héritage, on ne prie pas sur lui et il ne peut être enterré dans les cimetières musulmans, entres autres calamités - que Allâh nous en protège.

Or, les savants ont divergé sur les questions d'apostasie.


Différents courants se sont lancés mutuellement cette accusation à tort ou à raison.

Toutefois, au vu des sévères mise en gardes présentes dans les Textes, certains savants ont déconseillé très fermement d'accuser quiconque d'être mécréant.

L'Imâm as-Soubkî a dit par exemple : "Du moment que quelqu'un affirme qu'il n'y a pas d'autre divinité que Allâh et que Mouhammad est le Messager de Allâh, il est difficile de le déclarer mécréant."


Aboû 'Ishâq al-'Isfarâyyinî a dit quant à lui : "Je ne déclare mécréants que ceux qui m'ont porté la même accusation."

Le chaykh précise : "Certains pourront ne pas comprendre la raison de ce propos et mal l'interpréter. Ce qu'il faut comprendre ici, c'est qu'il s'agit d'une allusion au hadîth selon lequel lorsque quelqu'un traite un autre de mécréant à tort, l'accusation retombe sur le premier : "Si un homme traite son frère de mécréant, cela s'appliquera à l'un des deux." C'est donc comme si l'auteur disait ici : le hadîth indique que l'un des deux interlocuteurs est mécréant, soit celui à l'encontre duquel l'accusation est portée, soit celui qui la porte. Si quelqu'un me traite de mécréant, l'un de nous deux l'est donc. Je sais pertinemment que je ne suis pas mécréant, donc l'accusation retombe sur lui."


L'Imâm Aboû Hâmid al-Ghazâlî est allé jusqu'à refuser qu'on traite de mécréant un groupe quel qu'il soit puisque, disait-il : "Leurs positions relèvent de l'ijtihâd : il convient autant que possible d'éviter de les déclarer mécréants. Déclarer licite le sang et les biens de gens qui prient en direction de la qiblah et reconnaissent l'unicité divine est une erreur, et l'erreur de laisser en vie cent mécréants est moindre que l'erreur de faire couler le sang d'un musulman.

Certains groupes de musulmans se sont accusés mutuellement d'être mécréants. Ainsi, les ach`arites ont traité de mécréants les mou`tazilites, arguant qu'ils reniaient les propos du Prophète dans leur position sur la vision de Allâh et sur l'affirmation de Son omniscience, de Sa toute-puissance et de Ses attributs, ainsi qu'en considérant le Qour'ân comme créé. Les mou`tazilites, de leur côté, considéraient les ach`arites comme mécréants car selon eux ils reniaient les propos du Prophète au sujet de l'unicité divine, puisque l'affirmation des attributs impliquaient une pluralité d'éternels."

Il ajoute : "La cause de cette confusion est l'ignorance de ce qu'est réellement qu'accorder foi ou renier. Dès lors qu'on associe une injonction de la Loi à une catégorie intellectuelle qui n'en diminue pas le statut, cela reste dans le cadre de l'adoration. Il y a dénégation seulement lorsque l'on nie toutes ces notions et qu'on prétend que l'injonction ne veut rien dire et n'est que pur mensonge : alors il y a véritablement mécréance. C'est pourquoi il ne faut pas déclarer mécréant l'hérétique qui se base sur une interprétation, tant qu'il se conforme aux régles de l'interprétation : son argumentation repose sur l'impossibilité des significations littérales."

Ces propos d'al-Ghazâlî, que de nombreux savants lui reprochent, sont un exemple de rigueur face à ceux qui sont prêts à prononcer à la légère des accusations de mécréance. Il ajoute : "Dans Jâmi`ou l-Fousoûlayn, at-Tahâwî rapporte cet avis de notre école : la seule chose qui peut sortir un homme de la foi, c'est la négation de ce qui l'y a fait entré. Lorsque l'apostasie est établie avec certitude, il sera jugé en ce sens, mais si l'apostasie fait l'objet d'un doute, le jugement ne sera pas prononcé. En effet, l'islamité certaine n'est pas infirmée par le doute. En outre, c'est l'Islam qui l'emporte et le savant à qui un tel cas est soumis ne doit pas savancer à déclarer mécréants des musulmans alors même qu'il reconnait comme valide l'islamité de celui qui a subit une contrainte. [...]

Ceci doit servir de critère pour juger des cas présentés dans cette partie : dans certains cas, quelqu'un a été déclaré mécréant alors qu'il ne l'est pas selon les critères définis dans cette présentation. Il faut bien prendre en considération ce qui est dit dans Jâmi`ou l-Fousoûlayn."

On lit encore dans al-Fatâwâ s-Soughrâ : "La mécréance est une chose grave : je ne déclare donc pas quelqu'un mécréant tant qu'un seul élément textuel me permet de considérer qu'il ne l'est pas."


Une réserve semblable se retrouve dans al-Khoulâsah, entre autre : "Si plusieurs éléments d'un cas d'espèce impliquent la mécréance et qu'un seul élément permet de l'écarter, le savant devra juger en fonction de l'élément qui permet d'éviter l'accusation de mécréance, afin de présumer le musulmans innocent." Il est en outre précisé dans al-Bazâziyyah : "Cela, sauf si l'individu concerné a explicitement prononcé son intention de faire acte de mécréance et qu'aucune interprétation favorable ne peut être donnée." On lit enfin dans al-Fatâwâ t-Tatarkhâniyyah : "Un propos sujet à l'interprétation ne constitue pas un acte de mécréance. En effet, la mécréance entraine une sanction extrême qui implique une extrême certitude dans l'établissement du délit ; or, là où il y a possibilité d'interprétation, il n'y a point d'extrême certitude. [...]

Il en ressort qu'il ne faut pas juger un musulman mécréant tant qu'il est possible de donner une interprétation favorable à ses propos, ou que l'attribution de ce statut de mécréant peut faire l'objet d'un désaccord fondé sur ne serait-ce qu'un élément textuel même faible. Par conséquent, il ne faut pas juger quelqu'un mécréant pour la plupart des propos entrainant l'accusation de mécréance évoqués ici : quant à moi, je m'abstiens d'émettre de tels jugements."


Cela est répété dans Raddou l-Moukhtâr, commentaire de Tanwîrou l-'Absâr, où Ibnou `Âbidîn comment ainsi les mots : "ne serait-ce qu'un élément textuel même faible" : "Al-Khayrou r-Ramlî précise : "Même si cet élément textuel n'est pas repris par notre école ; en effet la justification de l'accusation de mécréance doit faire l'unanimité." [...]
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